Dernier acte, stade ultime du ravage, par Antoine Herscher, photographe

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© Antoine Herscher

Après Arbor (Actes Sud 2016), le photographe Antoine Herscher poursuit sa réflexion sur la puissance de la nature, observant le réensauvagement du monde à travers des environnements industriels abandonnés, des paysages enlaidis par l’hubris humaine, et les effets d’une pollution brutalisant le simple.

Tel le promeneur de Jean-Jacques Rousseau, nous nous enchantons d’une vue sur la vallée, avant que de comprendre qu’une usine en contrebas est en train d’en détruire pour longtemps la part d’inentamé.

Antoine Herscher nous invite à ne pas détourner le regard, et à réfléchir aux effets de nos inconséquences.

Le projet est au sens fort écologique, ne séparant pas les mondes du dehors et ceux du dedans, prenant conscience que la violence exercée contre la nature est aussi une destruction des possibilités de beauté en soi.

Dédié au philosophe Jean-Paul Curnier, l’auteur de l’important Philosopher à l’arc (présenté dans L’intervalle), Dernier acte est un livre sur le stade terminal de l’humanoïde, tête butée aux dents de scie (première image) , fichée dans un mur de béton l’empêchant d’avancer, obstinément enfermé dans son orgueil et sa folie de maîtrise.

Des gravats ont envahi un édifice, telle une avalanche de pierres dénonçant les ambitions de grandeur.

La table est mise, attendant des invités qui ne viendront plus, dans un bâtiment dont le plafond menace de s’effondrer à chaque instant.

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© Antoine Herscher

Les images se lisent en format italien, ce sont des paysages de douceur et d’effroi, Antoine Herscher approchant avec une calme détermination les traces et vestiges que l’être humain laisse, sans même y prendre garde, autour de lui.

L’œil s’attache à un détail, à une bouche d’incendie installée au bord d’une route, à l’entrée d’une forêt ayant brûlé, et l’on comprend à la fois la furie de destruction et le dérisoire de la petite installation humaine tentant de venir à bout de ce qui n’aura pas de fin, puisque la planète ne cesse désormais de prendre feu.

Des caravanes soulevées par le sable, un hangar éventré comme une baleine échouée lamentablement sur une grève, un bunker tagué telle une verrue colorée en front de mer, un bateau à terre jouant les funambules non loin d’une usine pétrochimique.

Le bric-à-brac des pauvres divertissements humains périclite, transformé en montagnes de déchets.

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© Antoine Herscher

Tout est beau pourtant, même dans le désastre et l’absurde.

Une verrière éclatée dans laquelle serpente encore un escalier en colimaçon.

Des planchers crevés.

Des palais défoncés au bulldozer.

Un toboggan rouillé dans un sous-bois.

Les humains ont disparu, la nature ne s’en plaint pas, sans pour autant ricaner.

Il y a des tombes sous le pont de fer du boulevard parisien, il y a des voies ferrées abandonnées, il y a des machines-outils ayant perdu leur emploi.

Il y a du désastre, mais il y a.

Dans la chambre d’une demeure ravagée par le temps, un lit où plus personne ne dormira jamais libère de ses entrailles un matelas pouilleux.

Il y a des sépultures, nous sommes morts, et Dieu s’est absenté.

Dans le jardin de la mélancolie, un dinosaure en résine ne finit pas d’en rire.

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Antoine Herscher, Dernier acte, texte de Baudouin Lebon, Actes Sud, 2019, 112 pages – 76 illustrations

Site Actes Sud

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Se procurer Dernier acte

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