De l’engagement personnel, par Paul-Louis Landsberg, philosophe

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« Jeté dans un monde plein de contradictions, chacun de nous éprouve souvent le besoin de se retirer du jeu, de se mettre à l’écart « au-dessus » des événements, en spectateur détaché. »

Décédé en 1944 dans le camp d’Oranienburg, auteur de Essai sur l’expérience de la mort (1937) et de Le Problème moral du suicide (1942), Paul-Louis Landsberg, né en Allemagne en 1901, élève de Husserl et de Heidegger, est un philosophe existentialiste d’origine juive.

Nommé professeur de philosophie à Bonn en 1934, il quitte son pays pour l’université de Barcelone, quelques jours après l’accession de Hitler au pouvoir, puis s’installe en France en 1936, collaborant à la revue Esprit et au mouvement personnaliste lancé par Emmanuel Mounier, s’interrogeant sur la place de l’homme dans les sociétés modernes fondées sur le mythe du progrès automatique induit par le développement technoscientifique.

Engagé dans le service de renseignements du mouvement de résistance Combat, sa vocation chrétienne ira grandissante.

En mars 1943, il est arrêté par la Gestapo.

Reprenant un texte paru en 1937, Réflexions sur l’engagement personnel s’interroge sur la nécessité d’entrer pleinement, en actes, dans le mouvement de l’Histoire, en abandonnant l’illusion d’une vie propre en-dehors de la collectivité.

« Nous ne sommes pas maîtres de nous désolidariser de l’avenir collectif. »

Nous nous humanisons dans l’agir conséquent, qui est une liberté, placés devant la responsabilité de choisir tel ou tel chemin, telle ou telle direction, ballottés par un champ de forces contradictoires omniprésentes.

« Nous connaissons tous le désir, écrit le philosophe, de nous débarrasser de ce poids de l’historicité responsable, mais nous savons aussi bien que cette élusion est impossible. Nous ne pouvons pas modifier d’une façon durable le degré d’historicité de notre vie. »

La cause est imparfaite, elle ne répond pas aux critères romantiques de l’absolu, mais nous nous engageons pourtant sans retour, conscients de l’imperfection de ce qui nous éveille, tout en nous préservant ainsi du fanatisme.

« Jamais l’homme n’est libre tout court, jamais non plus il n’est indifférent à la liberté. Il vit dans le problème de la liberté. »

Le fidélité à notre choix imparfait fonde selon Paul-Louis Landsberg davantage notre être d’homme et de femme que l’intellectualisme pur.

Se salir les mains s’il le faut, pour le dire avec les termes de Sartre.

« La fausse supériorité de ceux qui se mettent en dehors de tout est devenue une véritable peste dans notre monde et la tolérance mensongère de ceux qui se contentent de tout expliquer paralyse l’esprit occidental. »

Connaître le monde dans l’épreuve du monde est ainsi la formule d’une morale existentialiste exhortant chacun à expérimenter le déchirement d’un choix le jetant hors de lui, pour justement l’accomplir pleinement en liberté.

L’ambition du philosophe est donc ici de proposer une théorie – portative, le volume est bref – personnaliste de la connaissance, contre les facilités de la pensée impersonnelle et de l’idéalisme abstrait, ce qui, bien entendu, ne suppose pas l’abolition d’une réflexion critique.

« Nous n’avons pas à choisir entre le « clerc » de Benda, appliquant des idées « éternelles » au changement de la réalité, le spectateur « intelligent » pour qui toutes valeurs ne sont qu’illusions, et le partisan fanatique qui aspire à la victoire de ses valeurs d’autant plus fanatiquement qu’il a plus ou moins conscience de les avoir posées arbitrairement. L’homme de l’engagement personnel ne doit ressembler à aucune de ces caricatures. »

La soldatesque menace, enferme les opposants, ou les abat dans les rues.

On peut faire le choix des armes, ou décider tel Giono de retrouver Virgile loin du tumulte assassin, à plusieurs, dans quelque contrée haute oubliée des tyrans.

« Il est bien possible, conclut le philosophe, qu’une action véritablement bonne pour moi soit véritablement mauvaise pour un autre. La même action n’est plus la même dans le contexte de la vie d’une autre personne. En quoi cela me regarde-t-il ? Ma tâche est d’aller le chemin prescrit par ma vocation ; la curiosité quant aux vocations des autres ne peut que m’égarer. »

Le terme vocation me plaît.

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Paul-Louis Landsberg, Réflexions sur l’engagement personnel, Allia, 2018, 64 pages

Editions Allia

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Barbara Polla dit :

    Je n’ai rien compris à ce post ? ??

    >

    J'aime

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