De la pandémie de grippe espagnole, par George A. Soper, épidémiologiste

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« Pendant l’année 1957, j’ai connu par la grâce de Dieu un réveil spirituel qui allait me conduire à une vie plus riche, mieux remplie, plus productive. À cette époque, en signe de gratitude, je Lui ai humblement demandé qu’Il me donne les moyens et le privilège de rendre les autres heureux à travers la musique. J’ai le sentiment que cela m’a été accordé à travers Sa grâce. Louange à Dieu ! » (John Coltrane)

Voilà.

Les livres concernant les pandémies commencent à paraître. J’en lirai peu, je crois, privilégiant ceux des éditeurs amis.

En 1919, l’épidémiologiste américain, docteur de l’université de Columbia, George A. Soper (1870-1948) publie dans la revue Science ses réflexions concernant le ravage planétaire causé par la grippe espagnole, sous le titre, Leçons d’une pandémie, analyses que transmettent aujourd’hui les éditions Allia.

L’introduction fait l’effet d’un électrochoc : « La pandémie qui balaie actuellement la planète est sans précédent. Nous avons connu des épidémies plus mortelles, mais elles étaient plus circonscrites ; nous avons connu des épidémies presque aussi étendues, mais elles étaient moins mortelles. Inondations, famines, tremblements de terre et éruptions volcaniques ont joué leur part en matière de destruction humaine, dont l’entendement peine à mesurer l’horreur, et pourtant, jamais auparavant ne s’était produite une catastrophe à la fois aussi soudaine, aussi dévastatrice et aussi universelle. Le plus stupéfiant dans cette pandémie, c’est le mystère total qui l’entoure. Nul ne semble savoir ce qu’est la maladie, d’où elle vient, ni comment y mettre fin. Les esprits anxieux se préoccupent de la survenue d’une nouvelle vague. »

Quand j’entends « nouvelle vague », je ne peux m’empêcher de voir le visage de Jane Seberg dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard.

Quand j’entends quarantaine, quatorzaine, je pense neuvaine, et prières à l’archange Raphaël.

Quand j’entends personnes asymptomatiques, je pense à mes cours de mathématiques en terminale, et à l’absolu de la fente synaptique de la poitrine radieuse d’Isabelle, ma fiancée électrique.

« Quand on rassemble tous les faits, certaines hypothèses avancées aujourd’hui sont susceptibles d’être amendées. Nous restons trop proches de l’événement pour en prendre la pleine mesure. »

En attendant, le seul événement qui compte est le baiser des fugueurs ayant rompu tout commerce avec le virus des réseaux de l’information interconnectée.

« La pandémie a montré, entre autres choses, combien les infections respiratoires pouvaient se propager rapidement et à grande échelle. Elle a montré qu’un gigantesque échange de germes s’opéraient dans les voies respiratoires des citadins, des habitants de municipalités et des villageois. »

Ma chérie, offre-moi encore tes germes, tu n’as jamais été aussi belle.

« Il n’est pas souhaitable de fermer les théâtres, les églises et les écoles, à moins que l’opinion publique en fasse infiniment la demande. »

Tu te souviens de notre dernière fois ? Le quartet de Coltrane jouait pour des danseurs instrumentistes A love supreme.

Mais George A. Soper a raison, bien sûr, qui termine son étude par ces douze recommandations : « 1. Eviter tout rassemblement inutile – la grippe est une maladie de foule. 2. Etouffez vos toux et éternuements – autrui ne veut pas des germes que vous projetteriez. 3. Respirez par le nez, et non par la bouche – c’est pourquoi il a été fait. Contractez cette habitude. 4. Souvenez-vous des trois P. – une bouche propre, une peau propre et des vêtements propres. 5. Tentez de rester au frais quand vous marchez, au chaud quand vous vous déplacez par un moyen de locomotion et quand vous dormez. 6. Ouvrez les fenêtres – toujours chez vous durant la nuit ; au bureau quand c’est possible. 7. La nourriture gagnera la guerre si vous lui en offrez la possibilité – pour cela, choisissez-la avec soin et mastiquez bien. 8. Votre destin pourrait être entre vos mains – lavez-les avant de manger. 9. N’accumulez pas les déchets de la digestion – buvez un ou deux verres d’eau au lever. 10. N’utilisez pas d’essuie-main, de serviette, de fourchette, de verre ou de tasse qui aurait été utilisée par une autre personne et non lavée. 11. Evitez les vêtements serrés, les chaussures serrées, les gants serrés – cherchez à faire de la nature votre alliée, non votre prisonnière. 12. Quand l’air est pur, respirez-le au maximum – et à pleins poumons. »

Message compris, ô my Lord, ô mon aimée.

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George A. Soper, Leçons d’une pandémie, traduit de l’anglais par Danielle Orhan, suivi de « Le Combattant d’épidémie », Allia, 2020, 48 pages

Editions Allia

Sur le sujet pandémique, vous pouvez aussi relire dans L’Intervalle les analyses, points de vue, interventions de Véronique Bergen, Guillaume Basquin, Barbara Polla, Serge Airoldi, Cioran, Valentin Retz, Clarisse Gorokhoff, Gérard Berréby, Henri Michaux, Michel Surya, et du collectif Temps Zéro

L’excellent Bernard Andrieu m’informe de la parution de la revue numérique Recherches & Educations (40 articles, 80 auteur-e-s) concernant le « corps vovid ». En voici le lien : https://journals.openedition.org/rechercheseducations/8757

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Se procurer Leçons d’une pandémie

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Matatoune dit :

    Étrange … Comme l’oubli est une réalité humaine !

    J'aime

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