Monts d’Arrée, dans le cœur du cœur, par Juliette Agnel, photographe

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© Juliette Agnel

« Le chemin vers l’invisible, c’est vraiment un chemin. Là on va monter, après on va descendre pour aller au fond du fond, dans le cœur du cœur, dans le sauvage. » (Yann Gilbert)

Juliette Agnel croit aux forces de l’invisible, à la présence d’ordres transcendants, à l’agissement des symboles, aux liens manifestant une atemporalité constitutive de notre être.

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© Juliette Agnel
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© Juliette Agnel

Aucun folklore mystique chez elle, mais l’évidence de relations souterraines, de dialogues entre les vivants et les morts, d’une conscience de puissances fondamentales nous modelant – son travail sur le site de Méroé, cité antique de Nubie, en témoigne au suprême (lire notre entretien d’il y a quelques mois).

Dans le cadre d’une résidence à l’ancienne poste de Plounéour-Ménez (Finistère) ayant eu lieu à l’été et à l’automne 2019, la photographe cosmopolite a arpenté les Monts-d’Arrée, en s’ouvrant à l’énergie des hommes et des lieux, en suivant notamment les pas du géobiologue Yann Gilbert, dont quelques-uns des propos essentiels, accompagnés des images de l’artiste, sont recueillis dans l’ouvrage l’invisible (éditions isabelle sauvage).

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© Juliette Agnel

Des fougères nous accueillent, ce sont des arches végétales nous offrant un premier accès à la forêt, une possibilité d’entrer dans l’immémorial.

Il ne faut pas chercher à forcer les significations, simplement s’autoriser à se laisser enchanter de la présence des choses, et les saluer intimement, intérieurement.

Il y a des chaos rocheux, des chemins discrets, des structures de pierres pensées comme des abris funéraires, des entrées supérieures permettant à l’âme du défunt de se déplacer dans l’autre monde.

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© Juliette Agnel

Les images de Juliette Agnel sont sombres sur le papier, il faut faire en soi la lumière.

Des ornières, des allées, des bizarreries datant de l’ère glaciaire.

Des corridors, des appels d’ombres, des bouches muettes.

Une chapelle presque nue, d’autant plus sacrée que les yeux sont happés par la clarté du vitrail.

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© Juliette Agnel

« En fait, l’objet de mon travail, précise Yann Gilbert, c’est aussi de descendre et d’aller vers le féminin, dans la vallée, vers l’eau, dans ce qui est sombre, humide, et qui redescend vers le bas. »

Le paysage n’est pas que le paysage, c’est un organisme vivant, agissant, agi.

Si le cœur est âpre, amer, d’échec, la forêt se referme, et vous ne verrez, ni ne ressentirez rien.

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© Juliette Agnel

L’enjeu est spirituel : se détourner de la malédiction (la société en 2019, 2020, 2021…), et se laisser porter par la crête enchantée où les flux positifs et négatifs des esprits de la nature s’annulent.

A certains moments, il n’y a plus de temps, ni d’espace, mais une fusion du marcheur avec les puissances anthropomorphes, monstrueuses ou grotesques, qui l’accueillent, le favorisent, le décillent.

Des pierres dressées, des antres maternels, des accouplements entre le yin et yang.

Des alignements de roches, et des édifices religieux qui s’effondrent.

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© Juliette Agnel

Nous avons besoin de prier, la prière a besoin de nous.

S’abandonner aux lichens et aux mousses comme on s’allonge dans les meilleurs des lits.

« Un voisin avait trouvé un caillou dans son champ, il l’avait mis devant pour faire joli, pour faire rocaille, devant l’élevage, et toutes les dindes claquaient, ça marchait plus. En fait, le caillou avait été mis à l’envers. Un menhir ça a des faces et des arêtes. Ça a un côté haut et un côté bas, si on le met à l’envers, il est nuisant plutôt qu’autre chose. »

Juliette Agnel a vu ce que peu voient, mais, attention, son livre n’est pas un guide de chamanisme à l’usage des débutants, il montre tout, tout en préservant le secret de ses découvertes.

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© Juliette Agnel

Certains sites ont peu changé, ils sont disponibles, propitiatoires, mais c’est à chacun de les trouver, en faisant l’effort d’avancer vers sa propre intériorité.

Les mains perçoivent, peut-être davantage encore que l’appareil photographique.

« En fait le monde est grand. C’est incroyable tout ce qu’on peut avoir et tout ce qu’on peut voir, et tout ce qui peut arriver. Ce truc-là des mains, c’est quelque chose qui m’est donné, c’est pas quelque chose que j’ai cherché. Et c’est dingue ce qu’on peut faire quand on est capable d’ouvrir son cœur et de ne pas être bloqué par les croyances. »

Au Groenland, au Soudan, dans le pays Dogon ou dans le Finistère, Juliette Agnel  poursuit inlassablement la même quête : saisir ce qui nous unit en profondeur, en rappelant que le petit corps d’homme est un fragment signifiant du cosmos, et que vivre vraiment nécessite de ne pas l’oublier.

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© Juliette Agnel
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© Juliette Agnel

Elle le sait sans trop le savoir, son œuvre est de dimension initiatique, voire ésotérique.

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Juliette Agnel, l’invisible, conception graphique Alain Rebours, éditions isabelle sauvage, 2020

Site de Juliette Agnel

Dans le cadre de sa résidence, Juliette Agnel a également réalisé un film, Je sens dans les mains, visible bientôt sur vimeo.com/julietteagnel

Juliette Agnel est représentée par la galerie Françoise Paviot

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© Juliette Agnel

La Galerie – Françoise Paviot

barque pierre, de Frédérique de Carvalho est le pendant poétique du travail de Juliette Agnel dans le Finistère, méditation sur l’espace de la lande, le blanc, les ciels, les légendes, les bêtes et la pleine présence de toute chose.

On peut y lire ceci :  « la lande n’a pas bougé en / apparence / bruyères er fougères sous / le vent dans le roux de / novembre dans la tourbe / du monde alourdie de ciel / bas / ici on dit les brumes ce n’est pas / le hasard / la lumière bouge sans cesse tout est / irrattrapable un peu comme / un fantôme une figure dans les / silences qui aspire / par le bas / le granit peut-être ou simplement / la glaise une figure / absente / quelque chose retient comme / si »

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Frédérique de Carvalho, barque pierre, éditions isabelle sauvage, 2020

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