Grandeurs et misères de la société publicitaire, par Anja Conrad, photographe

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© Anja Conrad

Née en 1971, Anja Conrad est une artiste allemande ayant grandi aux Etats-Unis (Chicago, New York) et vivant le plus souvent à Francfort.

Son travail relève de l’éveil, d’une attention portée à ce qui structure l’espace urbain, d’un enchantement né du quotidien observé d’un œil neuf.

Dans Everything is always so perfect when you are in it (Kehrer Verlag), Anja Conrad inventorie, associe, joue de la cocasserie de l’existant.

Il y a beaucoup d’humour dans son œuvre s’amusant de l’esthétique publicitaire pour en montrer à la fois la force d’attraction et la vacuité.

Le choix des Etats-Unis comme matrice d’imaginaire est ainsi particulièrement pertinent, les images ayant été prises pour une bonne part à Memphis et New York.

Passe la carrosserie d’une limousine devant un visage surdimensionné : le spectacle vous propose ses trompe-l’œil et son bigger than life, qu’Anja Conrad s’emploie à déconstruire tout en multipliant les surfaces d’apparition et les superpositions.

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© Anja Conrad

Domine ici la logique des mises en abyme, qui sont façons de surligner de manière accrue les jeux de séduction.

Le choix d’intercaler régulièrement des monochromes de couleur sur papier glacé entre des séquences d’images crée de la joliesse pop dans un univers ordonné par des surfaces de verre et des signes fallacieux de transparence.

Il n’y a plus d’extériorité au monde que les appareils de reproduction mécanique ont entièrement façonné à leur image.

Il y a des buildings, des avions, des espaces chics masquant toute la violence de l’entreprise de prédation capitaliste.

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© Anja Conrad

Mais la surréalité peut s’introduire dans l’ordre trop réglé des apparences, et c’est comme si le fantôme de Magritte s’apprêtait à surgir à chaque instant.

Un rameau en fleurs, une ombre sur un mur, une végétation plus sauvage rappellent quelquefois qu’il est possible d’échapper à la domestication des espaces.

La drôlerie des détails observés, le choix malicieux des points de vue, créent une joie quasi enfantine, celle des supposées petites filles modèles ne respectant surtout pas les codes de bonne conduite.

On peut être exaspéré par la toute-puissance de la société de consommation, mais aussi la considérer comme un vaste décor, une mise en scène pathétique (cacher les rides, les failles, les vulnérabilités), et finalement la considérer avec une forme de tendresse : tant d’efforts pour si peu.

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© Anja Conrad

La vie est un songe que le soleil redouble, une poussière vivant son quart d’heure de célébrité, un rouleau de papier hygiénique bientôt épuisé.

Grands fous ou sages, nous la traversons comme le font les marionnettes sur les plateaux de télévision à l’heure de grande écoute.

Jusqu’à ce que la solitude et l’angoisse nous rappellent à notre pleine humanité.

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Anja Conrad, Eveything is always so perfect when you are in it, textes de Josepha Conrad et Daile Kaplan, Kehrer Verlag (Heidelberg), 2019, 124 pages – 84 photographies

Site de Kehrer Verlag

Le travail d’Anja Conrad a été montré au Festival des Voies Off, Fotohaus, à Arles, du 30 juin au 31 juillet 2019

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