La joie comme profondeur, par Jean Ferrero, photographe, collectionneur

_J. Ferrero┬®Man Ray

Man Ray © Jean Ferrero

« Il y a des adultes qui jamais n’ont été des enfants. » (Jacques Prévert, Spectacle, Gallimard, 1951)

La quatrième de couverture claque comme une gifle donnée à notre époque mortifère : « Jean Ferrero, né en 1931, aura fait tous les métiers. Tour à tour haltérophile, modèle nu aux arts décoratifs, photographe professionnel, marchand d’art, il a rassemblé tout au long de sa vie une vaste et très hétéroclite collection. Autodidacte à la culture et à l’humour sans limite, il a su nouer très tôt des relations avec quelques-uns de plus grands artistes de son temps, et en particulier ceux de l’école de Nice et des nouveaux réalistes. »

Ce╠üsar_J. Ferrero┬®

César © Jean Ferrero

L’ouvrage s’intitule Les Années joyeuses, et c’est exactement ce qu’il nous faut pour remettre les pendules humaines à l’heure depuis que nous avons basculé dans la terreur sanitaire.

Enfant chétif durant la Seconde Guerre mondiale, Jean Ferrero choisit la voie du culturisme pour ressembler aux superhéros des comics qu’il admire, photographiant des athlètes du monde entier ayant fait de la Côte d’Azur leur Cythère.

Le canon sculptural antique est dépassé, même si souvent l’artiste se plaît à faire poser nu, dans des situations parfois fantaisistes, ses modèles superbes.

Raysse_J. Ferrero┬®

Martial Raysse © Jean Ferrero

Objet de désir, le corps masculin est célébré.

Collectionneur, Jean Ferrero a créé un véritable cabinet de curiosité, un portrait de Picasso, de Jacques Prévert ou de Charles Trenet cohabitant avec des œuvres de Ben, de César, d’Arman, des objets made in Disney, des statuettes africaines, une radio des années 1970, un fétiche à clous du XVIe siècle.

Une affichette annonce la couleur : « Salut ! moi Jean Ferrero je suis sans complexe, je ne joue pas les marchands touchés par la grâce prêts à se sacrifier pour l’art, non moi j’aime l’art, j’aime la vie et j’aime l’argent ; j’aime acheter ce qui me fait rire, surtout des artistes qui ont quelque chose à dire et qui ne se gargarisent pas trop comme moi. »

Chagall_J. Ferrero┬®

Marc Chagall © Jean Ferrero

Ici, on rit, on s’esclaffe, on s’amuse, et l’on ne craint pas de s’échanger miasmes, blagues et calembours visuels.

A n’en pas douter, les valeurs majeures guidant la vie Jean Ferrero, né en à Antibes en 1931, sont celles de l’amitié, de la curiosité sans relâche, de l’enfance considérée comme une inépuisable réserve de merveilles, du goût de l’expérience sans entraves.

La liberté n’attend pas, ce serait risquer constipation, gastrite, coliques hépatiques, nécrose.

Ce╠üsar┬®

César © Jean Ferrero

La ville solaire élue par Nietzsche est son point d’ancrage : « A Nice, déclare Ben, tout le monde passe par chez Ferrero qui automatiquement depuis 40 ans vous photographie. C’est comme cela que ses archives photographiques ressemblent aujourd’hui à un trésor de Fort Knox. »

Ferrero est naturel, naturellement séducteur, irrésistible, peut-être insupportable aussi – vous me direz.

Picasso-Jacqueline_J. Ferrero┬®

Picasso et Jacqueline © Jean Ferrero

Ses portraits d’artistes sont superbes : Martial Raysse, Jean Cocteau, Robert Malaval, Corice Arman.

Concentré, Lucio Fontana est photographié vers 1967 dans son atelier du Corso Monforte à Milan, le cutter prêt à éventrer une toile.

Les Trente Glorieuses triomphent, la société de consommation exulte, il faut mettre un peu de désordre dans tout ça, et, comme César, comprimer les futurs déchets dans leur instant de gloire.

Fontana_J. Ferrero┬®

Lucio Fontana © Jean Ferrero

L’impertinence est  une puissance de sauvegarde, une énergie, la joie est un programme non négociable.

Pas de chichi, de white cube, mais de l’art partout, du sol au plafond.

Never complain, never explain – sauf pour les amis -, vivre à fond ses goûts, constituer un reliquaire baroque gigantesque en mémoire de tous les pas perdus et des œuvres les plus insolites.

Vincent Giovannoni, anthropologue de l’art, compose les textes des Années joyeuses, tout est parfait, on peut se détendre, et faire un peu de gonflette.

les-annees-joyeuses-jean-ferrero-friends

Jean Ferrero & Friends, Les Années joyeuses, Arman, Ben, César, etc., textes de Vincent Giovannoni, Arnaud Bizalion Editeur, 2020, 128 pages

Arnaud Bizalion Editeur

Galerie Ferrero

maxresdefault

Musée Masséna

d

Se procurer Les Années joyeuses

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s