Esprit, es-tu là ? De la mort dans les photographies de Nan Goldin et Julia Margaret Cameron, par Marwan T. Assaf, chercheur

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© Nan Goldin

La photographie est-elle l’art funéraire de la modernité ?

Que reste-t-il de la présence du disparu dans le rectangle de papier le représentant ?

Que devient son aura ?

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© Victoria & Albert Museum (London)

Marwan T. Assaf, collectionneur, chercheur en art et commissaire d’exposition, pose la question en étudiant conjointement, pour un très beau livre publié chez The Eyes en 2019, les œuvres de Nan Goldin et Julia Margaret Cameron.

Mais si la photographe américaine (née en 1953) capturait le visage de ses amis gravement malades pour ne pas perdre leur souvenir, l’artiste britannique (1815-1879) cherchait davantage encore un chemin de passage, par le nouveau médium, menant à une vie après la mort.

Des visages apparaissent, des corps, des traits mélancoliques.

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© Victoria & Albert Museum (London)

« J’ai découvert, précise Marwan T. Assaf, le concept africain que l’on appelle en swahili Sasa et Zamani, au hasard de mes lectures dans une librairie londonienne. J’ai tout de suite été fasciné par cette approche, par la croyance qu’il existe différents états de l’être, dans la vie comme dans la mort. »

Apparaît   la géniale Cookie, actrice, performeuse, « figure de proue d’une communauté de marginaux [drag queens, drogués, êtres épris de liberté], que Nan Goldin a photographiée pendant les premiers ravages de l’épidémie de SIDA, à New York et ailleurs » (voir The Ballad of Sexual Dependency).

« Le terme de Sasa, poursuit le chercheur, exprime l’immédiateté du présent, un état d’être qui inclut non seulement ceux qui sont physiquement vivants, mais aussi les personnes récemment décédées qui vivent encore dans la mémoire de ceux qui leur ont survécu. Ces disparus demeurent en vie tant qu’il y a des humains qui se souviennent d’eux. Ensuite, ils sombrent dans la période de Zamani. Ce mot exprime l’état d’être de ceux que plus aucun vivant ne porte dans sa mémoire. A ce stade, les disparus sont véritablement morts. »

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© Victoria & Albert Museum (London)

Cookie est donc devenue une Sasa, quand les photographies de Julia Margaret Cameron dans les années 1860 relèvent désormais du concept de Zamani.

Est ainsi présentée ici la figure du poète Alfred Lord Tennyson, un des modèles préférés de la grande dame de l’époque victorienne.

La photographie anticipe la mort physique, et prolonge la mémoire des défunts, la transmettant in fine à des anonymes, spectateurs d’aujourd’hui toujours un peu effarés de constater le passage/ravage du temps.

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© Nan Goldin

A la façon des portraitistes du Fayoum, Nan Goldin et Julia Margaret Cameron ont fait de la dimension de transfiguration par l’art un des axes majeurs de leur pratique photographique, d’abord de deuil, puis de présence nouvelle, certes historique, mais surtout profondément élégiaque (Susan Sontag) quand sa fonction de mimesis ne l’a pas définitivement quittée.

Le sujet photographique au-delà de la mort est une très belle méditation, inattendue, personnelle, sur la dimension essentielle d’un art relevant de la tradition classique des vanités.

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Marwan T. Assaf, Le sujet photographique au-delà de la mort, dans les œuvres de Nan Goldin et Julia Margaret Cameron, éditeur Vincent Marcilhacy et Véronique Prugnaud, directeur artistique Peter Jeffs, The Eyes, 2019

The Eyes Publishing

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© Nan Goldin

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Se procurer Le sujet photographique au-delà de la mort

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