Une île, par Marie Sommer, photographe, plasticienne

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© Marie Sommer

On ne sait pas d’abord où l’on est, l’ambiance est à la catastrophe, ou à la dystopie, il y a des ruines, des paysages désolés, et quelquefois, rarement, des silhouettes humaines très lointaines.

Nous sommes dans le territoire pensé par la plasticienne et photographe Marie Sommer, appelé sobrement Une île, endroit de naufrage, et de retour à la vie peut-être.

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© Marie Sommer

Des falaises de craie, un paysage faisant songer aux toiles du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich, dont le regard s’attarda sur l’île de Rügen, située dans la mer Baltique, dans le Nord-est de l’Allemagne, entre la Pologne et le Danemark, où les Nazis installèrent par la suite une station gigantesque – une barre d’immeuble, inachevée, de plusieurs kilomètres construite face à la mer pour y accueillir des vacanciers, notamment la jeunesse du pays nouveau -, avant de servir de base militaire pour l’armée soviétique durant la Guerre froide.

Une île qui s’écroule, se disperse, s’étend, se transforme, devient un objet de fiction.

Un feuillet détachable collige des archives, et l’on songe à Elégies documentaires, de l’aventurière de l’esprit et des images Muriel Pic, publié chez Macula en 2016, dont la poétique du document se rapproche des recherches de Marie Sommer sur la fine frontière séparant la réalité de l’imaginaire.

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© Marie Sommer

La première image est un envoi fantasmatique : de la brume, les pavés d’un quai de gare, le rugissement du train de l’Histoire, la présence du mal métaphysique inscrit dans la mécanisation aveugle.

Un mur de brique abîmé s’avance dans la mer, comme l’étrave d’un vaisseau échoué.

Des roches éboulées.

Des arbres usés, fatigués, attaqués, par le froid, le vent, le sel.

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© Marie Sommer

Une impression de désert.

Un monde à la limite de l’abstraction.

Une île est un réseau de signes et de matières : du béton et des tags, des routes fantomatiques et des talus d’herbes givrées, des végétaux couchés et des vitres cassées, une muraille de logements identiques et des bois flottés.

L’utopie sociale nazie – des vacances en collectivité pour les enfants du peuple – est un cauchemar, que rédime la puissance d’une végétation qui aura in fine le dernier mot.

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© Marie Sommer

Des arbres se sont couchés, les infrastructures humaines sont encore debout, mais tout pourrait très bien s’inverser rapidement.

La photographe regarde la rencontre du sable et de la folie architecturale, des lignes de l’asphalte et des portes fermées.

Un manteau de neige, un mur lépreux.

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© Marie Sommer

Un horizon de mer, des fenêtres explosées.

Le sublime, le grotesque maléficié.

Marie Sommer ne discourt pas, n’assène rien, ses images sont silencieuses, laissant passer les hommes et leurs folies monolithiques, dans une nature en perpétuel mouvement.

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Marie Sommer, Une île, textes Jean-Yves Jouannais et Rafael Argullol, Filigranes Editions / Cnap, avec le support du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et de la Casa de Velazquez, Académie de France à Madrid, 2020, 71 pages – 600 exemplaires

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Marie Sommer – site

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Filigranes Editions

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