Christian Poncet, la Chambre claire galerie, servir la photographie

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J’ai découvert l’œuvre onirique et silencieuse de Christian Poncet chez Martine Chapin et Alain Eudot à La chambre claire Galerie, à Douarnenez.

Paraît aujourd’hui aux éditions A la Pionnière une monographie consacrée à cet artiste à l’œil métaphysique laissant une grande place à l’imaginaire du regardeur.

Pour célébrer cet auteur et les presque deux ans de leur galerie située à la pointe du Finistère (Bretagne), j’ai souhaité m’entretenir avec ses deux créateurs.

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Comment avez-vous connu l’œuvre de Christian Poncet ?

Quand nous avons décidé de créer notre galerie, nous en avons bien sûr parlé à quelques amis. Une d’entre eux venait d’arriver à Douarnenez en provenance de Sète et nous a raconté qu’elle y avait croisé les photographies de Christian Poncet à la 7 galerie de Sète, exposition qui l’avait beaucoup touchée. Internet nous a alors permis d’aller découvrir son univers qui nous a immédiatement séduits. Et notre contact pris, l’« accroche » avec Christian Poncet s’est avérée solide… avec une première rencontre physique inopinée et improbable à la galerie Les Douches à Paris… mais c’est une autre  (incroyable) histoire, qui serait trop longue à développer ici.

Pourquoi avoir choisi d’inaugurer en juin 2019 à Douarnenez (Finistère) La chambre claire Galerie avec une exposition de cet auteur ? Que dit-elle de votre ligne curatoriale ? Pourquoi une telle passion pour la forme et la matière photographiques ?

En fait, si l’inauguration de La chambre claire Galerie a bien eu lieu en juin 2019, cette première exposition a accueilli des photographies de Christine Lefebvre, photographe belge que nous avions découverte grâce à… votre blog L’intervalle, sur lequel vous aviez présenté son live L’entre temps [Filigranes Editions, 2017]. Et nous devons avouer qu’exposer en premier une femme photographe n’était pas pour nous déplaire, les créatrices ayant, encore aujourd’hui, toujours plus de difficultés à se faire reconnaître que leurs homologues masculins.

Christian Poncet aura été « notre » deuxième photographe dont les photographies ont été exposées en août/septembre 2019.

Christine Lefebvre travaille en argentique et tire ses photos elle-même, comme Christian Poncet le fait avec ses sténopés, même si celui-ci ne disqualifie pas les tirages numériques. Les œuvres de l’une et de l’autre dessinent en effet l’orientation de nos accrochages.

Nous tendons à rencontrer d’abord les œuvres avant de rencontrer les auteurs, même si nous n’en faisons pas une règle absolue. Et ces rencontres se font quand les photographies laissent place à l’imaginaire, la réflexion (dans tous les sens du terme), l’évasion, le hors-champ, l’introspection, la délicatesse, la poésie… que nous avons pu trouver dans le regard de ces deux photographes.

Pessoa écrivait « nous ne voyons pas ce que nous voyons mais ce que nous sommes ». Dans le regard de ces deux photographes et par transitivité, nous avons ressenti comme une convergence sensible qui s’est avérée évidente par la suite dans la rencontre avec les auteurs.

Quant à notre passion pour le médium photographique, elle remonte, pour l’un comme pour l’autre, à de nombreuses années déjà, que ce soit à travers nos modestes pratiques mais également nos pérégrinations livresques, institutionnelles, hasardeuses, curieuses, aventureuses, que notre gourmandise attise toujours. Et l’immédiateté que permet ce médium dans la capture de l’émotion, quand bien même celle-ci peut être mise en scène, nous paraît le plus à même de traduire les sensations que nous citions plus haut.

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Pourquoi cet attachement au noir et blanc argentique ?

Vous employez le terme d’attachement qui traduit bien une partie de l’émergence, la construction de notre passion pour la photographie. L’image latente, l’odeur (le parfum?) du laboratoire, l’apparition… cette  kyrielle de madeleines, qui tendent toutefois à disparaître, a sûrement guidé nos premiers « choix »…

Mais là encore, l’attachement n’est pas lien et nous n’en faisons pas une règle absolue. L’exposition des photographies de Stéphane Mahé que nous avons pu montrer l’été dernier (photographies en couleur que les tirages numériques, réalisés par Sten Lena, servaient magnifiquement) en est une belle démonstration.

Chaque technique, si elle porte le regard du photographe dans les lumières, l’épaisseur, les volumes, les vibrations… qu’elle produit, est recevable par le public. L’important pour nous est que l’œuvre qui en émane exprime, poétise, le reflet d’une réalité ou traduise un passé, un présent… et parfois un futur dessiné par l’empreinte des deux précédents.

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Vous avez vécu pendant plusieurs semaines avec les œuvres de ce Christian Poncet. Que dire de cette expérience ? Comment le public a-t-il reçu cette exposition ?

L’expérience de vie commune avec les photographies de Christian Poncet (comme avec celles de « nos » autres photographes) a sûrement été un des plaisirs de notre aventure, toujours en devenir. Le temps long que nous offre la tenue d’une exposition en compagnie des œuvres du photographe, et à travers elles, du photographe lui-même, fait naître quasi quotidiennement (nous avons été en sa compagnie, virtuelle, sauf pour le vernissage et quelques jours suivants, et en celle de ses photographies 5 jours par semaine et 7 heures par jour pendant 6 semaines à chaque fois) une palette de sensations fluctuantes, évolutives, parfois fulgurantes.

La technique du sténopé que Christian Poncet utilise (et qu’il maîtrise admirablement) nécessite des poses longues. Les photographies qu’il fait naître sont empreintes d’une évanescence qui laisse une place immense à notre imaginaire, servi par un sens du cadrage et de la ligne hors du commun. Les personnages sont parfois devenus ectoplasmes mais leur présence diffuse nous entraîne dans une aventure onirique. Les skateurs ont disparu de la piste de skate, mais ils sont là qui glissent en nous. Les fantômes ne sont jamais loin.

Quand un personnage, sollicité par Christian au hasard de ses rencontres, accepte une immobilité de plusieurs dizaines de secondes le temps de la prise de vue, la photo le fige quand son environnement s’efface, est gommé mais continue de vivre ; le temps s’arrête… tout en s’écoulant. Étranges sensations qui nous transportent…

Nous pouvons dire sans mentir que l’exposition a reçu un accueil unanimement chaleureux, souvent admiratif, parfois recueilli dans l’émotion. Pour certains, qui ne connaissaient pas le sténopé, l’aspect technique importait et les explications étaient les bienvenues. Pour d’autres, les sensations suffisaient. Le silence aussi.

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Quel bilan faites-vous de votre activité de galeriste après presque deux ans d’installation ? Comment envisagez-vous votre futur ?

Malgré les difficultés que la situation sanitaire a provoquées et qui nous ont obligés à reporter les expositions du printemps et du début d’été derniers, un bilan absolument positif. Pouvoir réaliser un rêve de longue date, faire partager l’intérêt que nous portons à la création photographique, faire découvrir ou redécouvrir des univers riches et divers à travers nos rencontres photographiques nous ravit absolument. Et les nouvelles amitiés qui peuvent naître de ces rencontres sont une cerise sur le gâteau dont nous nous régalons. Pour n’en citer qu’une, celle de Christian est un bonheur. Et nous nous faisons déjà un plaisir de le revoir cet été à l’occasion de l’exposition d’Éric Pillot…

Alors, notre futur ? Qu’il fasse perdurer cette richesse et ces bonheurs durables.

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Vous exposez bientôt Julie Aybes. Pourriez-vous présenter cette artiste ?

Julie Aybes est une jeune photographe (avec une dizaine d’années de pratique derrière elle tout de même…) dont nous suivions le travail bien avant même que l’idée d’une galerie ne germe en nous, et que nous avions très envie de faire découvrir ou redécouvrir pour certains. L’expression de sa sensibilité, qu’elle fait émerger sur le support photographique, nous avait très vite séduit.

Elle vit au pied des Monts d’Arrée que ses photographies expirent et qui frottent notre imaginaire. Elle est marquée par l’environnement, les paysages, les surgissements, sa mémoire familiale parfois. Elle se laisse traverser par ce qui survient — à travers des livres, des images, à l’écoute de paroles, entendues au quotidien, dans les rues, à la radio, récits, fictions, rumeurs. Elle se laisse happer par les émotions que ses errances solitaires révèlent. Elle prélève, elle collecte.

Par ce travail de collecte, d’attention et de montage, Julie dit vouloir évoquer un territoire, une manière de paysage avec ses contextes, ses « géographies » — les plis, les gens, les fossés, les histoires, les forêts, les lisières, les traces.

Julie travaille une image du monde qui laisse place à l’inquiétude, l’étrangeté, l’attention. Elle cherche à mettre en éveil les sens, les perceptions, y compris l’intuition ; et ce qui nous advient : l’imaginaire, les réminiscences, les songes… « Il s’agit de faire parler les images non par le langage des signes et des représentations, mais par le temps mis à tourner autour de leurs secrets ».

Vous avez prévu de montrer ensuite, pour l’année 2021, les œuvres de Sara Imloul, d’Eric Pillot et de François Sagnes. Comment construisez-vous votre programmation ? Le travail sur la couleur d’Eric Pillot semble, après celle des photographies de Stéphane Mahé, une nouvelle aventure pour votre galerie.

Comme nous l’avons déjà évoqué, nous rencontrons plutôt les photographies avant les photographes. Les photos de Sara Imloul à travers la publication de son livre Das Schloss, aux éditions Filigranes et sur un stand de Paris Photo 2019,  dont les touches introspectives et surréalistes nous ont  beaucoup touchés, celles d’Éric Pillot grâce à… Christian Poncet, et celles de François Sagnes, au cours de la visite d’une de ses expositions dans une galerie de Saint-Malo en mai 2018, alors que notre projet de galerie n’existait pas encore.

Puis nous prenons contact avec le photographe… et le courant passe… ou pas. Nous ne pourrions envisager d’exposer des photographies, quand bien même elles nous parleraient, sans ce second élément.

Quant à la couleur, comme nous le disions précédemment, et quand elle ne détermine pas le regard, nous ne la rejetons pas. Et notre programmation pour 2022 déjà aboutie (mais encore confidentielle, de très belles signatures à venir… il faut laisser du suspense en suspens) en sera une très jolie preuve…

Quels conseils donneriez-vous, forts de votre expérience, à des passionnés de photographie décidant de créer une galerie ?

Allez-y ! Écoutez votre passion et votre singularité, sans concession…

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Christian Poncet, Le Songe des rives, texte Robert Pujade, Editions La Pionnière – 440 exemplaires numérotés et quelques exemplaires hors-commerce

Editions La Pionnière

Exposition à La chambre claire Galerie (Douarnenez) des œuvres de Julie Aybes, du 10 avril au 15 mai 2021

La chambre claire Galerie – site

Julie Aybes – site

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Se procurer Le Songe des rives

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