Prison, l’exil des proches, par Grégoire Korganow, photographe

©Grégoire Korganow

« Soixante-cinq mille prisonniers en France en mars 2021. Combien de mères, de pères, de femmes et d’enfants les accompagnent ? On ne sait pas. On ne les représente pas, on ne les écoute pas. Invisibles, ils n’existent pour personnes, ou presque. » (Grégoire Korganow)

Proche, du photojournaliste Grégoire Korganow, étape d’un travail au long cours sur les prisons françaises, est un livre proposant une double lecture, verticale (des portraits, partie 1) et horizontale (des paysages, partie 2), le colophon se trouvant à la jonction de ces deux régimes d’images.

D’un côté des proches de prisonniers détenus à Strasbourg, photographiés à la sortie du parloir – notre fils, notre conjoint-e, notre ami-e, notre parrain, notre cousine, notre mère et notre père, notre sœur et notre frère, comme d’autres nous-mêmes -, de l’autre des extérieurs de centres pénitentiaires, la liberté, l’absence d’entrave, le décor généralement très morne des lieux sans qualité.

©Grégoire Korganow

Publié avec le soutien du Ministère de la Justice – direction de l’administration pénitentiaire à l’occasion de l’exposition PROCHE ayant lieu dans le cadre de la 75e édition du Festival d’Avignon, du 5 au 24 juillet 2021 à l’Eglise des Célestins, cet ouvrage très beau parvient à montrer avec beaucoup de délicatesse l’absence, l’exil intérieur, la souffrance tue.

Aucune photographie de prisonnier, ni de centre d’enfermement, mais des abords, et les visages de ceux qui, solidaires, empathiques, souffrent du manque d’un être cher.

Très attentif aux corps, aux gestes, aux postures, Grégoire Korganow photographie en chacun la part de noblesse et de pudeur, dans le respect et le partage d’un silence de fond imprégnant chaque image.

©Grégoire Korganow

Comment punir sans déshumaniser ?

Comment repenser la logique de la prison ?

Comment faire œuvre de justice avec sens ?

Les proches de prisonniers parlent souvent peu de l’expérience de leur visite, mais ils sont là, face à l’objectif de Grégoire Korganow, dignes et très émouvants de continuer à faire le lien entre l’intimité si glaçante de la prison et l’extérieur.

©Grégoire Korganow

Les yeux ne mentent pas, ils ont vu, entendu, ceux qui vivent de l’autre côté des murs, il y a de la tristesse et de l’effroi en eux.

Un père soutient son fils, un fils soutient son père, chacun peut fauter, et c’est parce qu’il y a parfois de l’impardonnable que le pardon acquiert toute sa valeur.

Depuis 2017, ce qui est un autre volet de son projet humaniste, le photographe s’immerge dans les rêves de personnes détenues, collectés dans une correspondance épistolaire et dont les lectures par des anonymes sont filmées dans Mon rêve familier.

On peut entendre Thomas : « L’incarcération m’a permis de me rendre compte que le temps qui passe ne se rattrape pas. Je suis fils unique et je vois ma mère vieillir de semaines en semaines, de parloirs en parloirs. Je ne veux pas la perdre. L’idée de sa mort m’est insupportable, angoissante et me fait peur car je serai alors confronté à la solitude, sans repère et sans personne qui je sais m’aime et est présente pour moi sans arrière-pensées. »

©Grégoire Korganow

Didier : « Oui, je me sens seul. Je n’ai pas de courrier, pas de mandat ni de parloir. Cette détention est très difficile. Je ne suis pas fait pour vivre seul sans amour. J’ai besoin d’être aimé et compris. »

Frédéric : « A ma sortie de prison, je rêve déjà de serrer dans mes bras ma femme et mes enfants. Ma femme ne m’a jamais abandonné pendant toutes ces années compliquées. Il fut des moments où je me demandais où elle trouvait la force et la persévérance pour venir me voir. Le juste retour des choses, et même plus, par amour, est de faire d’eux le centre vital et incontournable de ma vie d’homme libre. »

©Grégoire Korganow

A 400 mètres du Centre pénitentiaire de Beauvais, il y a un arbre magnifique : c’est un espoir pour tous, une raison de vivre, un appel.

Proche

Grégoire Korganow, Proche, textes de Grégoire Korganow, Christian Ingrao, conception graphique Bernard Bréchet, réalisation graphique Patrick Le Bescont assisté de Céleste Rouget, Filigranes Editions / Ministère de la Justice – direction de l’administration pénitentiaire – Libre champ, 2021, 142 pages

Grégoire Korganow – site

9782350465371__

Filigranes Editions

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