Les vertiges du sadhu, par Michael Ackerman, photographe errant

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

Travaillant aux lisières mêmes du médium photographique, Michael Ackerman ne cesse de montrer que toute apparition est de l’ordre d’un miracle.

Son œuvre stupéfie parce qu’elle trouble la perception – que voit-on vraiment ? est-ce cela la réalité ? ces oiseaux fous sont-ils ceux d’un rêve ou d’un espace géographique concret ? -, éveillant ensuite la conscience jusqu’à une dimension spirituelle qui élève.

Au commencement était le noir, puis la craie qui dessine les contours du monde, que le souffle viendra habiter.

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

Ouvrage mythique rapidement épuisé, publié en 1999 par Robert Delpire – il obtint le prix Nadar -, End Time City reparaît aujourd’hui chez Atelier EXB dans une édition revue et augmentée par l’artiste : changement de format et de concept graphique, images inédites issues de récents voyages en Inde, en 2018 et 2020, introduction nouvelle de Christian Caujolle, auteur d’un essai dans l’édition originale.

L’œil a pu, peut-être, s’habituer, au fil des années, à cette esthétique radicale ayant fait école, mettant en avant la matière même de l’image – son grain, ses lumières extrêmes, ses décadrages, ses présences tremblées, ses vues issues du film super-8 -, mais l’impact visuel est toujours aussi fort, aussi stimulant, aussi poétiquement agissant.

Nous sommes à Bénarès, sur les rives du sacré, entre la vie et la mort, sur le mince fil reliant la chair des uns et la poussière des autres, le regard des humains et ceux des animaux, le feu et l’eau.

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

End Time City est une proposition métaphysique concernant notre bref passage dans le temps et notre proximité avec l’autre monde.

C’est un livre calme et enfiévré, peuplé de fantômes et de charognards, envahi – c’est une différence majeure avec la première version – par le corps animal, les éléphants, les singes, les vaches.

Les sadhus errent nus, la cité sainte est un chaudron où mijotent à la fois la folie et la beauté des humains aspirant à donner un sens à leur destin.

Né à Tel Aviv en 1967, ayant grandi à New York, l’ami de Stéphane Charpentier et des beaux expérimentateurs du projet Temps Zéro, vivant actuellement à Berlin après avoir beaucoup voyagé – Philippines, Thaïlande, Inde, Pologne, Cuba… – ,  a peu publié (Fiction, 2001, Half Life, 2010) préférant la condensation et la rareté à l’abondance qui dévalue.

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

Un singe se promène sur un câble électrique pendouillant dans le vide, le ton est donné dès l’incipit : la vie est une question d’équilibre instable, nous sommes des funambules qui rêvons parfois de voler.

Le soleil se lève en aveuglant les pierres d’un labyrinthe géant, un homme prie derrière des barreaux, un chien lève le visage d’un cadavre pourrissant dans l’eau.

Il n’est pas question de repos ici, ou alors de sommeil éternel, la plongée dans le Gange arrêtera peut-être le cycle des réincarnations.

Que pense l’œil apparemment placide du pachyderme urbain ?

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

Et vous, maître yogi qui ne pensez sûrement à rien d’autre qu’à la juste circulation de l’air dans le corps ? D’ailleurs, la pensée n’est-elle pas le piège suprême ?

Michael Ackerman construit des images d’évanouissement, d’égarement, tentant de déchirer par leurs éclairs de vérité la maya de l’illusion.

Le cheval s’ébroue, jetant aux quatre vents ses particules élémentaires, il n’est plus rien qu’un peu de pulvérulence.

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From Michael Ackerman, End Time City (Atelier EXB, 2021)
© Michael Ackerman

On dort, on attend la mort, on reçoit des piécettes, on s’immerge, on n’est plus personne, on est l’humanité entière.

Et Christian Caujolle de citer cette méditation d’un auteur majeur : « Photographier est un acte désespéré. Je sens le vide. Lorsque tu as déjà vécu, tu comprends que chaque tentative pour remplir le vide n’apporte qu’une solution temporaire ; et il n’y a aucune satisfaction à cela. Je pense que c’est une guerre sans fin avec la solitude qui dure toute la vie. »

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Michael Ackerman, End Time City, texte de Christian Caujolle, conception graphique Michael Ackerman, édition Nathalie Chapuis, réalisation graphique Line Célo, Atelier EXB, 2021, 128 pages

Atelier EXB

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© Michael Ackerman

Michael Ackerman est notamment représenté par la galerie Camera Obscura

Galerie Camera Obscura

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