René et Jean, l’art de la poésie vécue, par Lolita Bourdet, photographe

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©Lolita Bourdet

« Le temps qui passe, sans repos, va d’un pas si léger emporté avecque lui toutes les belles choses : c’est pour nous avertir de le bien ménager, et de faire des bouquets dans la saison des roses. » (Tristan L’Hermite)

Qui est l’un ? Qui est l’autre ?

Les objets de l’un ne pourraient-ils appartenir à l’autre ?

Les lieux de l’autre sont-ils aussi très intérieurement ceux de l’un ?

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©Lolita Bourdet

En photographiant à travers leurs espaces intimes et leurs objets – sans indiquer l’identité de leur propriétaire – ses deux grands-pères, l’un vivant dans la Creuse et l’autre dans le Morbihan, espaces géographiques apparemment très différents, tout en recueillant leurs paroles, Lolita Bourdet s’est aperçue de leur grande proximité alors qu’ils ne se connaissent pas.

« Tous deux, relève l’auteure, ont eu une enfance paysanne qui les a profondément enracinés dans le terroir. Jeunes, ils ont fait le choix de partir travailler l’un à l’étranger, l’autre à Paris, puis sont finalement revenus vivre dans leur région ancestrale. Ils ont ensuite en commun une sensibilité artistique exacerbée. Chez eux, les frontières qui existent entre l’action créative et le quotidien sont mouvantes. La collection, le glanage, l’accumulation constituent la matière première de leur imaginaire. Le fait qu’ils vivent tous deux reclus et en autarcie après avoir fait le choix de s’ouvrir sur le monde n’y est sûrement pas étranger. »

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©Lolita Bourdet

S’interrogeant sur l’histoire de ses aïeux – comme dans l’actuel projet intitulé Plamondon, où la photographe est partie en quête de ses aînés ayant vécu au Canada -, Lolita Bourdet découvre des similitudes, des points de convergence, des alliances secrètes.

René et Jean – publié en 2011 chez Filigranes Editions – est un hommage très tendre et pudique à des inventeurs, bricoleurs d’art, qu’Alain Jouffroy aurait volontiers appelés des artmakers.

A leur façon décalée, très personnelle, en leurs œuvres modestes mais nécessaires, ce sont des Nouveaux Réalistes transformant les objets de consommation usuels en totems de sauvegarde.

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©Lolita Bourdet

La poésie est innocente, ou doit brûler les yeux, il n’y a pas d’alternative.  

« Attention fragile » pourrait être leur label s’ils avaient la mauvaise idée de s’en créer un.

Dans sa très belle préface, Magali Jauffret écrit : « Leurs « bris-colages » prennent leurs distances avec l’économie mondialisée et le marché de l’art et s’avèrent plus politiques et radicaux qu’il n’y paraît. »

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©Lolita Bourdet

La politique de la petite-fille s’exprime quant à elle par des photographies de format carré aux tonalités douces.

Il fait sûrement froid dehors, l’affection partagée réchauffe, le cadre est un espace d’accueil se transformant en mémorial.   

A ses deux grands-pères, Lolita Bourdet a offert un bouquet de fleurs du temps.

Y scie repose en toute vivacité – les mots sont de René, ou de Jean, ou de Jean-René -, la grâce de l’existence réinventée quotidiennement.   

OIP

Lolita Bourdet, René et Jean, texte Magali Jauffret, coordination éditoriale Fannie Escoulen, Aurélie Wacquant et Patrick Le Bescont, conception graphique Claire Schwartz, mise en page Lolita Bourdet, Filigranes Editions, 2011, 72 pages

Filigranes Editions – site

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©Lolita Bourdet

Lolita Bourdet – site

Lolita Bourdet est exposée jusqu’au 21 novembre 2021 au Festival du Regard (Cergy-Pontoise)

Festival du Regard

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