Printemps birman, jeunesse assassinée, par les éditions marseillaises Héliotropismes

Urban Story # Myanmar # 1

©Nge Lay

« Plus d’hésitation, / le détonateur de la révolution / c’est toi ou moi. » (K Za Win, poète et militant birman abattu dans la rue lors d’une manifestation)

Mettant en lumière des productions qui émergent dans l’urgence d’un contexte politique et répressif, la collection Bones will crow chez Héliotropismes (Marseille) est remarquable.

Endless Story # Myanmar #2

©Nge Lay

Livre poreux, hybride, multiple, associant poésie (en version birmane, anglaise et française) et photographie, Printemps birman est un témoignage superbe sur la jeunesse en révolte d’un pays sous dictature.

Présentant quatorze poètes birmans et rohingyas, ainsi que six photographes, exilés, emprisonnés ou assassinés par les militaires depuis le coup d’Etat de février 2021 renversant le régime de Aung San Suu Kyi, ces artistes ont participé au mouvement de résistance civile durement réprimé par la Junte au pouvoir – élimination d’opposants, viols, tortures, emprisonnements hors de toute légalité.

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©Yadanar Win

On lit et regarde Printemps birman avec une profonde admiration pour ces corps et esprits s’étant soulevés avec courage, enthousiasme et détermination contre l’arbitraire.

« Des poètes ont été martyrisés, précise la préfacière Wendy Law-Yone, parce qu’ils incarnaient littéralement la devise de Diego Rivera, le rôle de l’artiste est celui d’un soldat de la révolution. »

Quelle est belle cette écriture birmane, fleuve de lettres rondes, comme si la phrase elles-même était enceinte.

@mayco1

©Mayco Naing

Les pneus brûlés, les visages violentés, les cris de rage ? Oui, parce que le désir de paix, d’égalité, de bonheur pour tous.

En superposant des photographies d’archives et des portraits originaux, Nge Lay exprime de façon très troublante et contemporaine l’identité birmane mouvante.

Artiste féministe en exil, Yadanar Win se représente en costume de mariage traditionnel avec des combattants pour la liberté.

@mayco3

©Mayco Naing

Thidia Shania écrit : « Où cacher mon corps ? / Des cadavres, partout, dans chaque maison. // Comment mourir dans mon pays ? / Mes proches ont été enterrés vivants. // Comment traverser la frontière ? / Les rivières saignent du sang humain. // Où est passée la déesse de la justice ? / Je la cherche partout – / Nulle part je ne la trouve. »

Comment se libérer de la peur ? comment s’allier ? jusqu’où aller dans les actes de résistance ?

Lynn Nway Eain, condamné à dix ans de prison en 1992 : « Chaque peuple digne / a obtenu sa liberté dans la lutte. »

Et : « Dans notre nouvel Etat, / dans chaque ville et chaque village, / il devra y avoir des écoles, / des hôpitaux, / des lieux de culte, des théâtres, / des salles de concerts et de spectacles pour les travailleurs, / des aires de jeux pour les enfants, / des parcs emplis de fleurs pour les amoureux. // Mais le plus important, / quand ce Printemps prendra fin, / c’est qu’il y ait, / dans chaque ville et chaque village, / un monument à nos martyrs. »

Barricades, soldatesques, policiers aussi jeunes que les manifestants qu’ils massacrent.

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Artiste anonyme

Min San Wai a écrit Le trou en hommage à Pan Ei Phyu, jeune fille de quatorze ans tuée par une balle ayant traversé le mur en bambou de sa maison, à Meikhtila, le 27 mars 2021 : « Sur le mur en bambou de la maison, / il y a un trou minuscule, / de la taille d’une pointe de crayon. / Disparue par ce trou, / notre petite fille / aux joues couvertes de « thanakha » / n’est toujours pas rentrée. / N’en pouvant plus d’attendre, / la maman jette un coup d’œil / par le trou dans le mur, / et voit la bouche du canon d’un fusil, / rouge de sang. / Au fond, elle aperçoit un dîner de gala / éclairé de mille feux, / où l’on découpe pour la servir / la Birmanie ensanglantée. / Assis à la plus grande table, / le donateur de pagode boit / le sang de la petite fille / comme du vin. / Dans les ténèbres alentour, / on entend des gémissements de chagrin. / « Ma petite fille, ma petite fille ! » / crie la mère avant de s’évanouir. / Le père, à son tour, regarde par le trou. / Tous les membres de la famille / regardent par le trou dans le mur, / A tour de rôle, sans plus pouvoir s’en détacher. / Maintenant, / dans le cœur de chaque habitant de ce pays, / il y a un trou minuscule / De la taille d’une ponte de crayon. » 

Il faut lire et diffuser Printemps birman, ouvrage aussi nécessaire historiquement que parfaitement réalisé, dans la conscience que l’art est un partage.

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Printemps birman / Burma spring, préface Wendy Law-Yone, édition Isabelle Ha Eav, publisher Mayco Naing, Héliotropismes (Marseille), 2021, 112 pages

Héliotropismes

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