Ténèbres ouessantines, par Nicolas Hergoualc’h, photographe, et Ronan Morin, écrivain

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©Nicolas Hergoualc’h

« Des visages  / Il y a / des visages dans les visages » (Ronan Morin)

Nicolas Hergoualc’h est un artiste sensible aux vibrations ténues d’un mystère originel parvenu jusqu’à nous.

Pour saisir la forme trouble de l’immémorial, le photographe a choisi la technique du sténopé, dont les images travaillées à l’ancienne selon le procédé de la photogravure encrée témoignent d’une énigme primordiale pouvant se résumer ainsi : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? pourquoi y a-t-il matière et non absence ?

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©Nicolas Hergoualc’h

Avec Feu l’écho, livre autopublié, l’auteur de Toucher aux limites (Les Editions de Juillet, 2021 – ouvrage chroniqué dans L’Intervalle) a choisi l’île de Ouessant comme terrain d’observation, soit un fragment de l’Atlantide mythique où reprendre vie en abandonnant toute prétention continentale.  

Voici un lieu où se blottir, où aimer, où mourir pour se renouveler.

Le silence règne, il y a au loin des explosions d’atomes, un bateau fend l’horizon, allant vers l’inconnu.

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©Nicolas Hergoualc’h

Accompagnés des mots de Ronan Morin, poète punk vivant au Québec en y écrivant des romans invisibles, les photographies de Nicolas Hergoualc’h disent le vide et la solitude, et le passage quasi clandestin de la petite race humaine dans un paysage ne devant que peu de chose à ses manigances et projets éventuels.

Ouessant avale, engloutit, absorbe, et persiste dans son être.

Dieu est ici une présence de brume électrique, une montée d’écume, le bruit sourd d’un accostage.  

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 ©Nicolas Hergoualc’h

Il y a des rayures, des zébrures, des signes et des intersignes.

Des voiles, des laisses de spectres comme on perçoit des laisses de mer.

Un homme s’avance, premier ou dernier de son espèce, marchant dans la transparence et les noires limites d’une civilisation éteinte.

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©Nicolas Hergoualc’h

Aucun humain ici, mais une chaise sans propriétaire, un muret de pierres protégeant quelque royaume secret, une mer provoquant la roche.

« A l’envers des visages / chien aboie / et l’aboyer rompre le silence / et le silence rompre le chien / et la rupture rendre / silence au silence et chien à chien // toutes les insularités en soi »

Qui égorgera le mouton noir ?

Qui fera naître le prochain enfant ?

Qui sentira sous son dos le poids de la lande nue ?

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©Nicolas Hergoualc’h

Brest et Le Conquet ont disparu, on ne rentrera plus, le soleil froid de la mélancolie est un ultime amer.

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Nicolas Hergoualc’h, Feu l’écho, texte Ronan Morin, conception graphique Arnaud Kermarrec Tortorici, autopublication, 2022 – 200 exemplaires

Nicolas Hergoualc’h – site

Se procurer le livre en écrivant directement à l’auteur : nicolas.hergoualch@gmail.com

Feu l’écho, est aussi un projet musical porté par le Ruff Draft Trio : « Sur scène, deux musiciens, un photographe et son laboratoire photo. Ils fabriquent ensemble un film étrange, l’exploration fantasmagorique d’une île hantée par des silhouettes, des bruissements, des voix venues d’outre-monde sur fond de post-rock hypnotique. »

Prochains concerts : à L’Eskal, à Ouessant, le 24 mars 2022, et à la salle du Clous (Brest) le 30 mars 2022

Découvrir le Ruff Draft Trio

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