La fidélité et l’exaltation, par la revue Novo

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Alicudi, Italie, 1988 ©Françoise Nunez

« Aligner des faits ne vous mènera pas pour autant à la vérité. » (Hunter S. Thompson)

Pour qui habite dans le Finistère, l’excellente revue Novo est un secret très bien gardé par les habitants, peut-être encore assez sauvages, je ne sais pas, du Grand Est.

J’y découvre avec beaucoup d’émotion deux articles, très bien écrits, rendant hommage à Françoise Nunez, Françoise pleine de grâce (quel beau titre), par Nicolas Bézard, et Avec Françoise Nunez, Bernard Plossu entre nous, par son ami tireur Guillaume Geneste.

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France, 1992 ©Françoise Nunez

J’y lis chez le premier « artiste d’une liberté absolue », « une certaine idée de la douceur en photographie », « présence intense et sauvage », « les omoplates en forme d’ailes d’anges » (Alain Bergala), « voyage initiatique en Afrique en 1980 », « distance juste », « simplicité du regard direct », « quand la solitude rejoint la plénitude », « partir du vide », « pensée asiatique », « extrême concentration ».

Et chez Guillaume Geneste : « passion pour le tirage », « le devoir de traduire sur le papier toutes ses nuances de gris si subtiles », « l’anti tape-à-l’œil ».

Les photos choisies sont superbes, Françoise est là.

Mais Noto, c’est aussi des articules, par exemple sur Brad Meldau, « pianiste transgernre » (Guillaume Malvoisin), des comptes-rendus de spectacles, des chroniques cuturelles (musique, danse, théâtre).

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Nara, Japon, 2005 ©Françoise Nunez

On lira dans le numéro 63 (février-avril 2022) un long et passionnant entretien avec Olivier Cohen, fondateur et directeur des éditions de L’Olivier, dont le catalogue témoigne d’une défense de la littérature à son plus haut niveau, et pas seulement américaine – plus de 4000 manuscrits reçus par an : « Notre travail ne consiste par à relire chaque phrase en disant « Là, il vaudrait mieux faire ci que ça ». On n’est pas à l’école. Ça dépend des auteurs, mais on échange souvent avec eux. C’est une conversation ininterrompue. On se téléphone, on se voit, on se parle. Mais on ne parle pas à un débutant de son manuscrit comme on le fait avec quelqu’un qui a publié dix romans. Nous vérifions aussi minutieusement les traductions, ce dont je suis assez fier. »

S’entretenant avec Rodolphe Barry, auteur d’une fiction sur Sam Shepard (1943-2017), Une lune tatouée sur la main gauche, éditions Finitude, 2022 – alors que paraît chez Mediapop éditions une traduction de la correspondance de l’écrivain, acteur et dramaturge américain avec son ami Johnny Dark – Emmanuel Abela cherche à comprendre le mystère de cet homme aux multiples facettes, ami de Patti Smith, et pour qui « parvenir à être » (soi/lui-même) fut le combat d’une vie : « Il préférait, analyse un auteur ayant aussi écrit sur James Agee et Raymond Carver, le retrait, le silence, la contemplation à n’importe quoi d’autre. Et l’écriture, bien sûr. Et les chevaux qui le renvoyaient à une part sauvage et pure. Se sentir libre dans sa vie ne va pas sans l’acquisition d’une liberté intérieure. »

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Hampi, Inde, 2009 ©Françoise Nunez

Les bonnes surprises continuent avec la lecture d’une conversation menée entre Nicolas Mathieu, prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (Actes Sud, 2018), et Aurélie Vautrin, le nouveau roman du Vosgien, Connemara, venant de paraître, un livre célébrant « la grandeur des existences qui n’en ont pas forcément a priori ».

Plus loin, la metteure en scène Nathalie Béasse, dont l’écriture de plateau s’invente entre danse, théâtre et performance, se confie : « Mon travail part parfois d’une image, de gens autour de la table ou sur une balançoire, d’une comptine, d’un jeu dans une cour de récréation et les fils se tirent au fur et à mesure. »

Le comédien Pierre Maillet met quant à lui en scène l’œuvre de Pier Paolo Pasolini, en la mettant hypothétiquement au pluriel, Théorème(s) : « Pasolini croit en l’autre, c’est pour ça qu’il croit en l’amour, pour lui c’est ça Dieu. D’où la présence de cet ange dans Théorème, ça passe par la sexualité mais ce qu’on voit c’est surtout quelqu’un qui ouvre, qui console, qui apaise et encourage à être soi. »

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Valparaiso, Chili, 2011 ©Françoise Nunez

Au CDN Besançon-Franche Comté, Anne Monfort a adapté le texte de la grande dramaturge allemande, Anja Hillin, Nostalgie 2175, évoquant la possibilité de l’amour dans un monde apocalyptique : « C’était important pour nous de jouer avec un monde où la peau est si absente, parce tout doit être couvert. Il y a un enjeu social, les seuls endroits où on peut être à découvert sont les endroits chics, comme des hôtels, et des restaurants luxueux. Lorsque Posch raconte le viol de Taschko, il parle longuement de caresses avant de parler de pénétration. Dans ce monde où l’on est toujours couvert, les caresses, qui ont été à l’origine du profond traumatisme de Taschko, sont également le fantasme de tous. Nuria, la compositrice, a beaucoup travaillé avec la caresse. Elle a recréé des sons de chuchotements sous les couvertures, de caresses sous les draps. »

D’une très richesse – lire aussi un entretien avec l’artiste scénique Aurélie Gandit (l’art et le beau comme soin), un propos sur Bajazet – en considérant le théâtre et la peste, spectacle de Frank Castorf, Georgia O’Keeffe à la Fondation Beyeler, en Suisse… -, Novo se termine par un article de Nicolas Comment rappelant sa rencontre avec la sublime Arielle Burgelin, muse d’Helmut Newton, lui écrivant une lettre : « Ces dernières heures, mon esprit était accaparé et dissipé par la situation d’un ami ayant perdu sa femme, le grand amour d’une vie, l’avant-veille de Noël. »

Voilà l’éthique de Novo, la défense de l’art exigeant, et la fidélité.

couverture63

Revue Novo, février-avril 2022, N°63, 132 pages

(sur cette photo de une apparaît le frère jumeau, et resté caché en Alsace car moins brillant, de Philippe Sollers, qui saura le reconnaître ?)

Revue Novo – site

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