Premières formes, premiers sons, par Jean-Guy Coulange, artiste

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©Jean-Guy Coulange

« Toute la nuit le ciel fut tourmenté, le Sillon chahuté. / Hier soir, j’ai baissé le store du séjour pour amortir les rafales. / De la chambre j’entendais les saccades du vent. »

Après trois livres chez Hippocampe éditions, Je descends la rue de Siam (2016), La Traversée (du paysage) (2018), Route Finistère Sud (2019), et le volume Bruissons (Les Presses du Réel, 2020) – tous chroniqués dans L’Intervalle -, paraît aujourd’hui de l’écrivain, photographe, peintre et compositeur sonore Jean-Guy Coulange Sillon, soit le nom d’une grève de plusieurs kilomètres se situant à Saint-Malo qu’aime à parcourir l’artiste. 

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©Jean-Guy Coulange

Mêlant les médiums avec une grande fluidité, dans une sorte de musique française à la fois légère et profonde, Sillon repose avant tout sur un principe poétique, comme une façon de chercher à faire correspondre, voire se confondre, le lieu et la formule.

Pas de spéculations oiseuses, mais une sensation du hic et nunc, savoureuse dans son ordinaire, et tellement facile à perdre lorsqu’apparaît le démon du divertissement.

Des joggeurs, des surfeurs, des silhouettes dans l’œil de l’observateur sortant de la nuit.

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©Jean-Guy Coulange

« Un homme court. / Il va être léché par les entrailles du sable. / Une sorte de rien qui pleut. »

Qu’est-ce qui sillonne dans le sillon, ou le microsillon faisant entendre la voix de Beth Gibbons, chanteuse du groupe de trip hop britannique Portishead ?

« Les lieux non essentiels restent fermés. / Qu’est-ce qu’un lieu essentiel ? / Durant la promenade, j’ai photographié les nuages, / j’en ai photographié des dizaines, frénétiquement. / Et j’ai pensé que l’on pourrait exposer ces photographies sous le titre // Les cent ciels. »

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©Jean-Guy Coulange

Nous sommes enfermés, mais rien n’empêche, comme le peintre Wang-Fô imaginé par Marguerite Yourcenar, de s’échapper par la fenêtre de la toile.

Il y a les règles – souvent bêtement coercitives -, il y a l’art, et il y a les règles de l’art – libératoires.

« La mer m’épate depuis dimanche soir. / Hier matin, hier soir et ce matin encore, / éclats, rugissements, explosions, là, devant mes yeux. »

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©Jean-Guy Coulange

C’est simple, direct, vrai.

Savoir naviguer, c’est savoir regarder, et noter les faits : « Coefficient 108 et bon vent de noroît et de surcroît. »

Spectacle, émotion, solitude.

Des sons, des silences, des évanouissements de paroles.

Vibration du temps, repos, absence.

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©Jean-Guy Coulange

« La ligne d’horizon se sépare en deux jusqu’à la danse des lunes. »

Arrêt, départ, ouverture, retour, ouverture.

L’eau menace, c’est une grâce.

En photographie, Jean-Guy Coulange construit des tableaux très graphiques envahis par l’eau, la brume, le vide.

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©Jean-Guy Coulange

Les personnages ne sont pas identifiables, ce sont des virgules, des grains de sable, des sillons eux-mêmes.

Il y a des irisations, des paysages nocturnes, des éblouissements monochromes, et des déchirures de couleurs.

Et partout, le partage du ciel et de la mer, dans une sensation de quasi indistinction comme chez Geneviève Asse.

« Parfois la toile est recouverte d’un faux monochrome qui évolue /par micro tonalité en fonction d’un léger changement de lumière, / d’énergie, de mouvement. / Ici, je conclus mon travail par un léger trait noir non pas pour briser / cette lente évolution mais pour proposer une nouvelle approche / au regardeur / ou peut-être tout simplement / le prévenir que tout peut arriver. »

Les aquarelles placées en fin d’ouvrage pourraient être des photographies, comme les photographies des aquarelles, mais chez Jean-Guy Coulange, l’homme de radio, chaque matière est une forme de son.

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©Jean-Guy Coulange

Tout est bien, nous sommes au matin du monde, l’humain très ancien est encore très jeune.

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Jean-Guy Coulange, Sillon, textes de Jacques Sicard et David Chevrier, Les Presses du Réel, 2022, 64 pages

Les Presses du Réel

Se procurer le livre

Exposition du 12 juillet au 26 août 2022 au Sémaphore de la Pointe du Grouin (35), avec Le Village, centre d’expérimentation artistique de Bazouges-la-Pérouse (35), direction David Chevrier

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