Une femme disparaît, par Benoît Méjean, photographe

©Benoît Méjean

« l’appartement est bien rangé, aucun désordre apparent »

C’est un livre sur lequel il ne faut pas poser trop de mots, parce qu’il fonctionne par ellipses et fragments noirs, mais surtout parce que la vérité y est une brûlure toujours active.

Après le suicide de sa sœur aînée en décembre 2014, Benoît Méjean n’est parvenu à s’exprimer vraiment que par la photographie, dont il découvrait alors l’ample univers.

©Benoît Méjean

On ne sait pas toujours ce qui nous traverse, pourquoi l’on agit, mais lorsqu’un acte relève d’une nécessité intérieure, d’une intime conviction, il faut basculer dans l’inconnu.

Appelant son ouvrage assemblant des photographies prises entre 2017 et 2021 Reliqua desiderantur – expression utilisée dans l’édition pour indiquer qu’une oeuvre est inachevée, en raison de la perte d’une partie du manuscrit, de la disparition de l’auteur, ou de sa regrettable incapacité -, Benoît Méjean fait peut-être comprendre que le deuil est impossible, et qu’il n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable.

©Benoît Méjean

Composé d’images en noir et blanc énigmatiques, comme des indices se présentant sous la forme de métaphores, son ouvrage est ponctué des phrases tirées de rapports du Commissariat central du 19ème arrondissement de Paris et de l’Institut Médico-Légal de Paris (2014-2021), précises comme sait le faire la normalité policière.

On ne sait pas toujours ce que l’on voit, il faut deviner, laisser monter en soi des intuitions, considérer les végétaux associés en vignettes comme des ailes d’ange.

©Benoît Méjean

Une femme s’est défenestrée, et nous regardons maintenant le vide.

Un rai de lumière, la présence d’un arbre dans le lointain, un bloc de pierre rencontrant un tronc.

Des néons, des tubulures, des superpositions de ce qui ressemble à des lés de papier peint.

Dans les brisures,

Dans les trouées,

Dans la nuit,

©Benoît Méjean

Dans l’obstination d’une plante poussant entre les pierres,

Dans les fantômes d’objets envahis par le lierre,

Dans la feuille morte devenue astre de macadam,

Dans l’angle de l’échelle traversant la poussière, dans les racines anthropomorphes, dans l’écriture sumérienne d’un bloc de ciment tombé, dans la coquille d’œuf fendillée pleurant comme un enfant,

Dans les futaies, dans les empreintes, dans les ténèbres continuées,

Une femme est là,

©Benoît Méjean

Parce que tout recommence, tout cherche l’éveil, tout est au-delà de tout.

Reliqua desiderantur est une quête aussi bien qu’un hommage adressé à l’invisible.

Benoît Méjean, Reliqua desiderantur, Arnaud Bizalion Editeur – Collection Notes, 2022

https://benoitmejean.com/

©Benoît Méjean

https://www.arnaudbizalion.fr/accueil/160-reliqua-desiderantur-benoit-mejean-9782369801368.html

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