L’espace public, ce désert, par Myr Muratet, photographe

©Myr Muratet

L’événement fut tellement énorme que nous n’en sommes pas revenus, croyant pourtant reprendre notre vie ordinaire.

Nous savons désormais que notre liberté la plus élémentaire est comptée, descendre au pied de son immeuble, rendre visite à un voisin, se promener à visage découvert, parler audiblement de ce qui nous préoccupe.

©Myr Muratet

La gestion de la crise du Covid-19 en France ne fut certainement que le prélude à un contrôle plus accru des populations, dans l’édification d’une prison numérique devenant l’arme majeure de la biopolitique, c’est-à-dire selon Judith Butler le tri entre les humains : ceux qui méritent et ceux qui méritent moins, les salués et les surnuméraires, les bons soldats et les parias.  

On pense beaucoup aujourd’hui, dans le champ des intelligences sensibles, en termes d’écosophie, cette notion renvoyant notamment au fameux ouvrage de Félix Guattari publié en 1989, Les trois écologies.

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Mais on a peut-être trop oublié Ivan Illich dont la réflexion majeure sur l’entropie voire la malfaisance des systèmes ou structures ayant pris le pouvoir, par leur dimension démesurée, sur les individus censés les gouverner, est pourtant féconde pour comprendre ce qui nous arrive.

Le système de santé, grande machine à sauver les vies – après les avoir parfois fragilisées par la logique bornée des nouveaux scientistes ne considérant que le corps mécanisé -, est ainsi devenu une arme au service de tous ceux qui soudain nous veulent du bien, et dont on peut supposer que l’humanisme de surface rentre dans un calcul plus retors que la larme à l’œil.  

©Myr Muratet

Le contrôle social s’accélère, comme les degrés de l’abêtissement.

En photographiant la rue vidée de ses occupants dans Silent Blocks (contraction de l’expression black bloc, groupes politiques éphémères prônant l’affrontement entre classes), Myr Muratet rend compte d’une expulsion massive de la population des espaces du commun : rentrez chez vous, nous nous chargeons de tout, et surtout de faire respecter le calendrier de l’obéissance.

Vigipirate était une blague, un simple hoquet de l’Histoire quand nous vous préparons un fou-rire.

©Myr Muratet

Les serfs s’ignorent, mieux, ils adorent qu’on les amuse.

On les voit parfois faire du jogging, oreilles bouchées, brutes ambulantes adeptes sans nul doute du cinq fruits et légumes par jour.

Chez Myr Muratet, le désert règne, probablement parce les derniers récalcitrants ont été chargés par la soldatesque.

©Myr Muratet

L’Arc de Triomphe, le Louvre ? Aucune importante, restez connectés.

Les misérables ont de la chance, sans-abris et gueux de toutes sortes, la rue est pour eux, qui n’auraient de toute façon pas d’autre logis que les terrains vagues et arches de ponts puant la pisse – voir le précédent ouvrage de Myr Muratet, Paris Nord (Building Books, 2020).

Sens interdit, mon amour.

©Myr Muratet

La France est envoûtée, qui n’a pas toujours craint dans son passé d’être ignominieuse, et applaudie pour cela.

Tu viens sur les marches à 18h ? il y a cours de matraque.

Nos enfants meurent, nos pères meurent, nos amis meurent, oui, c’est vrai, et l’on ne saura bientôt plus ce que signifie le mot liberté, faute d’en faire usage.

©Myr Muratet

Dans Némésis médicale (1974), Ivan Illich écrit : « Le corps médical est devenu une menace sérieuse pour la santé. »

En postface, David Cayley qui le commente brillamment, avance : « La mort est maintenant une obscénité sans signification plutôt qu’une compagne intelligible. »

Bien sûr, tout ceci est une fiction.  

Myr Muratet, Silent Blocks, texte David Cayley, graphisme Marie Pellaton, Editions Nouveau Palais, 2022, 88 pages – 600 exemplaires

https://www.myrmuratet.com/

https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=8622&menu=0

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