En mémoire de Françoise Nunez, photographe

©Françoise Nunez

Il y a un an, nous apprenions avec une très grande tristesse le décès de la photographe Françoise Nunez.

A l’occasion de la parution chez Yellow Now du livre Hampi, préfacé par Bernard Plossu, j’ai souhaité lui rendre une nouvelle fois hommage, simplement, comme elle était, photographiant sans effet, au 50mm.

Son époux toujours aussi amoureux écrit : « La beauté de sa vision est faire de modestie et de pudeur, les qualités essentielles de la photographie. »

Hampi est un livre sur l’Inde, où Françoise Nunez retourna souvent, en témoignent notamment l’ouvrage Kalari publié en 2015 chez Arnaud Bizalion Editeur, et en 2005 chez Filigranes, L’Inde jour et nuit, avec un texte de Jean-Christophe Bailly.

©Françoise Nunez

Hampi est un lieu mythique situé dans l’Etat du Karnataka, où se trouvent notamment des temples splendides attestant de la grandeur d’une civilisation effondrée depuis le XVIe siècle.

Ce n’est pas en archéologue que Françoise Nunez est allée, accompagnée de sa sœur Isabelle, dans le sud de l’Inde, mais en voyageuse sensible à l’énergie d’un lieu unique et à la force de déplacement intime qu’il convoque.

La forme pyramidale des temples unit la terre et le ciel tout en concentrant par cette structure archétypique la puissance de leur union – voir le livre de Sarah Michel, Comme la proue d’un navire, Filigranes, 2017.

Règne ici, sur les rives de la Tungabhadrâ, une paix qui ne pouvait que toucher cette belle Andalouse ne séparant pas l’absolu de la matérialité du monde.

©Françoise Nunez

Il n’y a pas chez elle de distinction entre l’esprit et le concret, mais une continuité à percevoir.

Le boitier de vision est en cela formidable, qui permet d’isoler dans son cadre des fragments du monde uni, entre le vide et le plein, le plein et le vide, comme des échantillons d’alchimie.

Le regard ici prend son temps, la lenteur est une vertu, c’est l’effet d’un souffle s’approfondissant.

Voici des chaos rocheux, çà et là un singe ou des silhouettes humaines, mais rien de pittoresque, plutôt le sentiment de l’incroyable effort des petits d’hommes pour célébrer et remercier les dieux qui tiennent entre leurs mains l’entièreté de l’univers.

Tout est vu avec une distance très belle, respectueuse, pudique.

Françoise Nunez ne joue surtout pas à la savante, mais reste à sa place, celle d’une Occidentale sensible aux espaces que l’humain a su habiter poétiquement.

©Françoise Nunez

La géométrie attire son regard, comme le jeu des ombres, et le frémissement de l’invisible.

Vu de très haut, le temple est minuscule entre les géants de pierres.

Il y a des hiéroglyphes, des arbres étiques, une énigme.

Qui étaient les hommes et femmes qui vivaient ici ? Comment priaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Comment mouraient-ils ?

©Françoise Nunez

Un homme lave, sûrement fermement, son éléphant couché calmement dans l’eau, la scène est d’une grande tendresse.

Hampi est un livre terriblement beau et émouvant.

Je le vois comme un cadeau fait aux réalités supérieures où désormais vit Françoise.

Françoise Nunez, Hampi, textes Bernard Plossu et Eric Auzoux, maquette Eric Auzoux, Guy Jungblut, Bernard Plossu, Yellow Now / Côté photo, 2022, 48 pages

©Françoise Nunez

https://www.yellownow.be/post/hampi-india

Plusieurs boîtes contenant environ cent cinquante tirages de Françoise Nunez sont consultables à la galerie Camera Obscura (Paris)

©Françoise Nunez

https://www.galeriecameraobscura.fr/artistes/nunez/artist_main_index.html

https://www.leslibraires.fr/livre/21398221-hampi-india-plossu-auzoux-nunez-yellow-now?affiliate=intervalle

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