Une enfant s’en va, par Damien Daufresne et Stéphane Charpentier, photographes

©Stéphane Charpentier

Il faut offrir aux enfants la possibilité d’une terre vierge.

Préserver leurs songes.

Accompagner, de près, de loin, sans rien brusquer, leur équipée prenant l’allure d’une quête initiatique inconsciente.

©Damien Daufresne

Une petite fille a collé sur le dos de ses mains qu’elle a placées devant son visage des yeux : elle voit avec le cœur, avec son imaginaire, avec les sons qui l’entourent.

Un livre va la suivre, de la ville asphyxiée à l’île déserte, espace indemne d’où repartir, d’où refonder, d’où puiser les forces de l’univers pour grandir encore en énergie.

Issues d’un film en sept parties composées d’images super 8 de Damien Daufresne et de photographies argentiques de Stéphane Charpentier, Trois mers et quatre terres est une œuvre croyant en la dimension poétique de l’existence, la seule qui vaille vraiment.

©Damien Daufresne

La reliure suisse permet de déployer les pages comme on ouvre grand des ailes – le motif des oiseaux, présence propitiatoire des nuées, est ici omniprésent -, l’embarquement est immédiat.

Il y a dans l’ouvrage une alternance de mosaïques d’images et de plans fixes de diverses tailles créant une rythmique, une partition musicale où le silence, par la présence du blanc entourant nombre de photographies, est structurant.

Tout commence au fond par un arrêt, un retrait intérieur, une échappée valant adhésion pleine à la logique des rêves, ce qui s’appelle le génie de l’enfance.

N’est-ce pas cela l’innocence ? Une confiance absolue en ce qui est, et le refus de ce qui pourrait entamer notre soif de liberté.

©Damien Daufresne

Il fait nuit, le jour est peuplé d’automates, des silhouettes se cognent, les corbeaux du nevermore de Poe planent sur la métropole polluée.

Les images possèdent un grain puissant, ce sont des manifestations d’irradiations, d’ondes brouillées, mais aussi la possibilité d’un refuge dans la magie de la chimie, entre apparition et manteau d’invisibilité.

Lever les voiles, prendre le toboggan de la route, regarder une dernière fois les hauts fourneaux de la mélancolie.

La mer gronde, intense, bleu obscur, amniotique fantastique.

Des cargos, des îles, des terres grasses.

©Stéphane Charpentier

L’enfant est une cascade, se lance, s’élance dans l’onde noire, tord ses cheveux comme on en jette un sort à qui veut réduire en nous la joie de vivre.

Les images sont en noir & blanc et couleur. On pense quelquefois à Monet, et à Vermeer, la peinture précède la photographie, en ne cessant de l’accompagner.

On ne sait pas – dans l’ouvrage – qui est l’auteur de telle ou telle page, tant mieux, les noms s’effacent devant le visage de l’enfant.

Clignement des paupières, miroitement de la mer, irisations merveilleuses.

©Stéphane Charpentier

L’enfant est entrée dans le royaume de la nature, sables immaculés, éclairs, soleil d’aube déjà brûlant.

Avec son bâton, la petite fille unit la terre, le ciel et la mer.

Elle le casse en deux, joue au tambour avec les nuages, c’est une reine sauvage.

©Stéphane Charpentier

Le temps n’existe plus, Dieu est là mais sans le dire, un être est passé de l’autre côté du miroir, là où la société n’a pas de prise.

Trois mers et quatre mers est un conte, une utopie, un acte de foi, politique, envers la poésie, qui est union sans faille entre le microcosme intérieur et la beauté indemne des vastes territoires du dehors.

Stéphane Charpentier & Damien Daufresne, Trois mers et quatre terres, graphisme Studio Dirk, Editions Le Mulet, 2025, 124 pages – 600 exemplaires

https://www.lemulet.com/

https://www.lemulet.com/edition/troismersetquatreterres/

©Damien Daufresne

https://stephane-charpentier.com/

https://www.damiendaufresne.com/

©Stéphane Charpentier

Exposition éponyme à la Galerie Le Neuf Sinibaldi (Paris), du 7 novembre au 12 décembre 2025

https://www.alain-sinibaldi.com/

performance Alyssa Moxley

Signatures à Polycopies (Paris) vendredi 14 novembre à 18h et samedi 15 novembre à 17h

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