
©Paul Kooiker
Publié dans la collection Fashion Eye de Louis Vuitton, Bucharest, du Néerlandais Paul Kooiker, se présente sous une très belle couverture parme.
Composé de portraits en couleurs, de ces teintes un peu fanées qu’on trouve dans les pays de l’ex-bloc soviétique, et de mosaïques d’images en nuances de gris montrant surfaces et bâtiments témoignant de l’usure du temps, cet ouvrage n’est pas une chartreuse italienne, mais une façon très belle de regarder une capitale inscrite encore dans l’atmosphère de la Guerre froide et de la dystopie.
D’un côté donc la modernité des visages, de l’autre une certaine persistance de l’ethos d’un peuple sous dictature communiste.
Des édifices grandioses, grandiloquents, se détériorant.
Fin d’un monde, d’une civilisation si l’on veut, période de transition.

©Paul Kooiker
Bucharest comporte 289 images, disposées pour la plupart en polyptiques créant une sensation de vertige et de vivacité dans la prise de vue.
Des statues, des lustres, des papiers peints.
Des allées, de grands ensembles, des pavages.
Grisailles.
Mannequins de vitrines, chaussures à vendre, matelas abandonné.

©Paul Kooiker
Les humains sont peu présents directement, trouant cependant quelquefois, par la gravité de leurs traits et de leur regard, le décor général d’une société paraissant moribonde.
Des églises, des oies, des salles de réunion monumentales.
Du béton qui s’effrite, des arbres étiques, des jets d’eau.
Une impression de faste, et de défaite.
Paul Kooiker observe des formes, deux verres retournés, un nuage, une palissade, comme des êtres ayant leur vie propre, autonome, cependant inscrits dans une vaste valse aux adieux.
Ascenseurs, grands hôtels déchus, routes rectilignes où l’on imagine passer des tanks.
Palais du pouvoir, retour du religieux, désorientation générale perceptible dans la solennité quelque peu mélancolique des visages.
Le spectaculaire intégré, tel que diagnostiqué par Guy Debord, n’est pas encore tout à fait là, Paul Kooiker, qui a travaillé à l’iPhone, s’attardant sur la torpeur des animaux, lapins, chien, chat.
Le conducator et sa femme ont été abattus, le palais dément a été conservé, la vision de la capitale roumaine par un artiste étranger relevant du regard d’un observateur pouvant se considérer, en ces lieux, comme un extraterrestre.
En tournant les pages du livre très réussi de Paul Kooiker, on pense quelquefois à Boris Mikhaïlov, maître en impertinence, visions franches, puissance de présence, recherches formelles.
L’association de ces deux noms est productive.

Paul Kooiker, Bucharest, edited by Damien Poulain, editorial director Anthony Vessot, editorial officer Anaëlle Lecointe, Louis Vuitton Malletier, 2026

https://fr.louisvuitton.com/fra-fr/produits/fashion-eye-bucarest-paul-kooiker-nvprod7510009v/R09966

https://www.rencontres-arles.com/fr/lieux/librairie-ephemere-louis-vuitton-le-buste-et-l-oreille