Dans les plissures du temps, par Ilion Huit, photographe

©Ilion Huit

Un Vagabond des étoiles est un livre étonnant de Jack London publié en 1915, un an avant la mort de son auteur à quarante ans.

L’écrivain américain y dénonce la barbarie des prisons où l’on torture les détenus, faisant l’éloge de la liberté par le voyage intérieur déclenché par l’autohypnose permettant de découvrir nos vies antérieures.

En effet, nous ne sommes pas qu’un, un monde multiple grouille en nous, dont il s’agit d’autoriser l’épanouissement, notamment par le biais de l’art.

Un vagabond des étoiles est aussi un livre de l’Achéen Ilion Huit, photographe ayant puisé son pseudonyme chez Homère.

Publié sous couverture entoilée imprimée, cet ouvrage au papier mat de très belle facture est une invitation au départ, au rêve, à l’élargissement.

Passer du moi au soi, relié à la vérité des archétypes nous unissant, aurait pu avancer Jung.

©Ilion Huit

Accompagnée de textes personnels de nature intime où règne un souffle de poésie, l’odyssée en images du photographe français propose, au Leica M6, des fictions suspendues.

En entrant dans ce qu’il appelle les plissures du temps, en ces états particuliers où la conscience se modifie – lors d’un coucher, d’une rêverie, d’un projet de départ -, Ilion Huit trouve une clarté nouvelle, découvrant dans l’éphémère des points d’éternité, ce qui peut s’appeler un acte de création, en l’occurrence la photographie.

Sortir par un tronc d’arbre, une racine noueuse, un rhizome, des temps modernes asphyxiants, réducteurs, efficaces mais vulgaires.

 Pénétrer dans les ruines d’une volière, d’une prison, d’une usine.

Observer des grilles, grillages, structures rationnalisées que frôlent et dérangent les végétaux, les ciels, les roches.

Ilion Huit trouve du communicable dans l’incommunicable, des ouvertures dans les espaces clos, de l’air là où tout se serre.

©Ilion Huit

Flashs de lumière, géométrie transcendante, ordre supérieur.

Enfants couchés, pas vraiment endormis derrière leurs écrans, veilleurs suprêmes, l’air de rien.

« C’est là que débute le vagabondage, écrit l’artiste français : / les rêves, les voyages dans le temps, / Les vies parallèles et la parallélisation de la vie. / Et bien sûr, la recherche de son étoile… »

La surréalité n’est qu’un des modes possibles de la réalité, sa fantaisie hallucinatoire si l’on veut, son secret.

Ilion Huit traverse en solitaire ports, plages, jardins, campagnes, montagnes, jamais vraiment isolé au fond, puisque ce que nous croyons être notre personnalité n’est que construction ou geôle sociale à faire éclater.

Un vagabond des étoiles propose d’accéder à l’existence poétique, à la couleur, au mouvement, à l’envol, au détachement.

Dante a inventé le mot trasumanar, qui évoque ce qui est perçu ici : un dépassement de la condition humaine par la force concrète du spirituel relevant de l’ineffable.

©Ilion Huit

Croire en nos possibilités, se laisser guider – il faut une Béatrice, une source d’inspiration -, accéder à cette zone où l’espace, le temps et la solidité de notre individualité fondent.

Penser un livre de photographie comme on explore des métamorphoses.

Ilion Huit, Un Vagabond des étoiles, textes Ilion Huit, direction éditoriale Gilles Cargueray et Camille Gallet, conseiller éditorial Olivier Wicker, traduction anglaise Elodie Poitevin, relecture Olivier Wicker, Suzie Withers et Catherine Guichardon, photogravure Christophe Boënnec, développement des photos Dominique Laugé, scans Jean-Pascal Laux, Editions Odyssée, 2025, 96 pages

https://www.editionsodyssee.com/

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