Thomas Bernhard, le cataclysme, par Gemma Salem, écrivain

« Ah Fellini lui manque ! Marcello lui manque. Gainsbarre lui manque. Orson lui manque. Où sont passés les types comme ça ? » J’écris beaucoup, certes, mais je chronique bien moins de livres que je n’en reçois, tant nombre de textes publiés me semblent inutiles, mal écrits, naïfs, moimoiesques, pleins de bons sentiments, d’un humanisme facile, et franchement…

Cicéron et la cause de la liberté, par Stefan Zweig, écrivain en exil

« Le plus sage qu’un homme intelligent et pas très courageux puisse faire lorsqu’il en rencontre un plus fort que lui, c’est de l’éviter et d’attendre sans honte le moment où la voie redevient libre. » Peut-être. Publié en français en 2013, soixante-quinze ans après son élaboration, dans le volume Romans, nouvelles et récits de Stefan Zweig…

Le glissement ininterrompu du regard, par Valie Export, plasticienne et performeuse féministe

Contre les conformismes, l’hypocrisie bourgeoise et le machisme, Valie Export, artiste autrichienne héritière des actionnistes viennois, utilise son corps et le médium photographique de façon expérimentale et provocatrice. Incarnant par ses performances l’atmosphère fiévreuse de recherche et de déconstruction des années 1960 et 1970, Valie Export est l’une des grandes figures de l’art contemporain porté…

La guerre, de vivant à vivant, par Gianni Stuparich, écrivain triestin

« Nous avons avancé dans un silence sacré, tels de primitifs conquérants, mesurant à pas amples la terre incontestée, intrépides dans la conquête vierge. Maintenant en revanche nous sommes vulnérables, parce que nous avons creusé la tranchée et que chaque corps a travaillé pour son abri. L’enchantement est rompu : l’ennemi qui peut nous attaquer et au-devant…

De la vie stupéfiante, Temps Zero, une expérience photosonore, par Stéphane Charpentier son concepteur, et ses beaux amis

De plus en plus, sans chercher à s’aliéner à tel ou tel programme de subventionnement, loin des circuits économiques dominants, s’inventent des formes artistiques pour lesquelles l’expérimentation est un partage, une recherche de rencontres sensibles, des collaborations pariant sur la sincérité et l’émotion. Tel est le projet itinérant Temps Zero, initié en 2012 par le…

Les mange-pas-cher, ou Thomas Bernhard, l’isolé absolu

Pour analyser comme il se doit les œuvres de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1967), il faudrait être un fin musicologue, et être capable de transposer ses phrases sur une portée musicale afin de repérer les récurrences de structures, les répétitions de mots, les déplacements savants. La musique bernhardienne n’est nullement un ornement, quand le jeu…

Ceija Stojka, numéro Z 6399 tatoué à Auschwitz, et rescapée

« Si je devais écrire tout ce que je pense, ça serait sûrement un livre infini de chagrin. » Il faut savoir gré aux éditions Isabelle Sauvage (Plounéour-Ménez, Finistère) de nous faire découvrir en français l’œuvre complète de Ceija Stojka (1933-2013). Après Je rêve que je vis ?, la publication de Nous vivons cachés, Récits d’une Romni à…

Entre Narcisse et néant, l’œuvre complet d’Egon Schiele, par Tobias G. Natter

C’est un livre impressionnant de plus de sept kilos publié par la maison d’édition de Cologne, Taschen. L’initiative est privée, mais la portée publique considérable. Egon Schiele, sous-titré « Le provocateur mélancolique », est un ouvrage que l’on attendait depuis longtemps, tant l’œuvre du génial peintre viennois, aperçue et admirée çà et là, méritait un écrin à…

L’Histoire comme une torsion de feutre, par le romancier Eric Vuillard

Eric Vuillard fait partie de ces écrivains pour qui l’Histoire est d’autant plus intéressante à décrire, peindre, approcher, qu’elle est un spectacle à deviner, c’est-à-dire une succession de détails cachés dans la tapisserie. Les grandes déchirures procèdent ainsi d’une infinité de failles et de fautes de goût menant à la catastrophe. Après Tristesse de la…

Le sang veut du sang, ou la Première Guerre mondiale, par August Hermann Zeiz

  Bien sûr, on préférerait ne plus en parler, mais, puisque c’est tous les jours Alep et Lampedusa, les montagnes de cadavres, comment ne pas continuer à témoigner du premier massacre de dimension industrielle de notre histoire, dont l’ombre portée semble ne pas vouloir finir ? La Der des Ders était une première, et nous vivons…

L’édition à bras-le-corps

Lors d’entretiens menés avec la documentariste Karin Berger, Ceija Stojka (1933-2013), née en Autriche dans une famille de marchands de chevaux rom, déportée avec sa famille dans plusieurs camps de concentration, relate quatre mois passés à Bergen-Belsen début 1945, et les semaines qui ont suivi la libération du camp (environ soixante mille survivants, près de…