De la vie stupéfiante, Temps Zero, une expérience photosonore, par Stéphane Charpentier son concepteur, et ses beaux amis

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Rome © Temps Zero

De plus en plus, sans chercher à s’aliéner à tel ou tel programme de subventionnement, loin des circuits économiques dominants, s’inventent des formes artistiques pour lesquelles l’expérimentation est un partage, une recherche de rencontres sensibles, des collaborations pariant sur la sincérité et l’émotion.

Tel est le projet itinérant Temps Zero, initié en 2012 par le photographe Stéphane Charpentier.

Des musiciens très concentrés qu’éclaire une lumière bleue, installés devant un écran sur lequel défilent quelques secondes de films en noir et blanc et des photographies sublimes, une voix d’aube de l’humanité.

Il y a de la solennité, c’est une cérémonie païenne pour spectateurs médusés.

Le visage de Pasolini, des enfants gitans, des nuits déchirées, des apparitions d’êtres inquiets et terriblement sensuels, une femme enceinte, des pluies, des fêtes, des remous, des broussailles, un combat de coqs, des corps se mouvant dans un appartement.

C’est la vie nue, fragile et brute, de l’existant sans artifice, de l’intime sans fausse pudeur.

La musique agrandit les photographies projetées qui élargissent la musique.

C’est Temps Zero, et ci-dessous un entretien avec son concepteur accompagné d’images et de vidéos.

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Braga © Temps Zero

Vidéo du concert de Rome

Qu’est-ce que le projet Temps Zero ? Depuis quand existe-t-il ? Qui en sont les membres ? Est-ce un collectif à géométrie variable ? En êtes-vous le principal initiateur ?

Temps Zero conçoit des projection concerts avec une exigence artistique forte. Nous réunissons des artistes visuels et des artistes sonores pour des projets ponctuels, et le plus souvent des performances live. J’ai initié ce projet en 2012 avec le souci de défendre une écriture photographique sensible, introspective et poétique, et avec le souhait de créer des rencontres et des collaborations entre ces photographes et des musiciens expérimentaux qui créent les bandes-son des projections en live. Un groupe de photographes s’est naturellement constitué au fil des années et des spectacles, mais j’essaie d’inviter de nouveaux artistes régulièrement, en concertation avec des acteurs réguliers comme Damien Daufresne qui travaille sur les prochains événements à Vienne en Autriche. On prend en charge différentes facettes de l’organisation, je réalise l’editing et les montages, et le côté musical est à présent géré par ma partenaire Alyssa Moxley. Elle compose des structures et paysages sonores à partir d’enregistrements (field recordings) et nous invitons des musiciens différents pour chaque spectacle, ce qui offre une synergie unique et souvent une intensité et des émotions fortes.

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Athènes © Temps Zero

Y a-t-il par le nom même que vous avez choisi l’idée d’une refondation ?

Le nom Temps Zero évoque le fil du temps, un présent permanent, et, oui, l’idée d’un point de renouvellement, de bascule, d’une remise des compteurs à zéro.

Le projet Temps Zero est-il une réponse à l’isolement que peuvent parfois ressentir les photographes dans leur pratique ?

Tout est né de la volonté de se regrouper et de défendre des pratiques artistiques sincères, sans artifice. Temps Zero, c’est défendre la création comme on l’aime, mais c’est aussi défendre l’utopie d’une création qui n’est pas pervertie par des enjeux économiques, défendre l’utopie d’idées collectives et d’un engagement participatif. Nos projets sont avant tout des aventures humaines, avec des rencontres, des collaborations, des voyages… et ils ont créé des choses positives, des liens et de la visibilité pour les participants, et ils ont aussi influencé beaucoup de jeunes artistes.

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Athènes © Temps Zero

Vidéo concert de Toulouse

Temps Zero Braga
Braga © Temps Zero

Comment définir la part expérimentale de Temps Zero et sa dimension politique ?

Le fait de rassembler des artistes visuels et sonores génère spontanément des dialogues et des expérimentations. Je parlais de pratiques photographiques existentielles et artisanales, de pratiques musicales alternatives. Nous sommes mécaniquement à l’écart de la culture dominante, de son marché et marketing, mais nous n’abandonnons pas pour autant l’envie de visibilité. Le point le plus important c’est la qualité de nos projets et l’intégrité des artistes réunis. Temps Zero défend donc des actions poétiques sans prise de position politique et sans slogan, mais avec le souhait de diffuser une création qui questionne l’existence par des échos et des signaux sensibles du temps présent. Et on cherche aussi à offrir une expérience émouvante au public.

Soundcloud concert de Bernac

Sont-ce la fièvre, l’urgence de vivre, entre inquiétude et exaltations, l’appréhension sensuelle du monde, la chimie même des images abordées comme des épiphanies et leur dimension introspective qui caractérisent la poétique visuelle des artistes s’associant à Temps Zéro ?

Oui toutes ces notions peuvent illustrer ce qui anime les photographes réunis dans nos projets. Temps Zero tente de révéler cette alchimie avec une ligne artistique forte et cohérente, comme l’a aussi permis l’exposition (et le livre) Eyes Wild Open présentée au Musée du Botanique de Bruxelles en 2018 [lire à ce propos dans L’Intervalle mon entretien avec sa commissaire, Marie Sordat]. Dans nos projets, ce sont aussi les musiciens qui subliment et lient les images, qui nous embarquent dans un voyage à la fois visuel et sonore. Le live ajoute une intensité et une exaltation certaines, et nous avons toujours l’impression de vivre un moment unique.

Temps Zero performance in Toulouse
Toulouse – ootdoor show with the band Oiseaux-Tempête © Temps Zero

Comment choisissez-vous les lieux où vous faites vos performances live ? S’agit-il à chaque fois de célébrer et le lieu de résidence et l’inventivité collective ? Vous avez joué à Berlin, Paris, Toulouse, Rome, Athènes, Thessalonique, Bernac, Braga…

Nous avons été invités par des programmateurs de festivals ou de centre d’art, et nous avons aussi monté nous-mêmes certains événements. Lors des workshops, nous choisissons effectivement des lieux parce que nous avons cette envie de découverte, le souhait de rassembler, de créer et d’expérimenter à un endroit précis.

Temps Zero Berlin
Berlin © Temps Zero

Les concerts sont-ils payants ? Comment pensez-vous l’économie de Temps Zero ?

Les projection concerts ont toujours été gratuits ou avec un prix d’entrée modique quand nous organisions nous-mêmes les événements et avions besoin de payer certains frais et la technique. L’économie de Temps Zero consiste juste à rentabiliser les projets.

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© Temps Zero

Comment organisez-vous vos workshops ? Portent-ils chaque fois sur la thématique image et son ?

En parallèle aux spectacles qui regroupent des artistes reconnus, nous organisons des workshops créatifs sur le même principe « image et son ». Il s‘agit d’une semaine de travail intensif avec trois formateurs et seize artistes (photos, vidéos et sons) qui expérimentent et collaborent pour préparer la performance finale et vivre une expérience forte. Le prochain atelier aura lieu à Athènes début juin 2019. J’encadrerai les photographes, Alyssa Moxley accompagnera les artistes sonores, et nous avons invité le réalisateur Uli M Schueppel pour guider des vidéastes ou des photographes qui souhaitent expérimenter le film et l’image animée. Uli a souvent créé des œuvres en rapport étroit avec la musique, il est connu pour ses films avec Nick Cave. Mais c’est aussi un cinéaste qui réalise des films d’art et d’essai merveilleux.

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Toulouse © Temps Zero

Comment souhaitez-vous faire évoluer votre projet ?

Nous sommes ravis d’être invités par FotoWien avec le soutien de l’espace photographique Kunstnetzwerk, mais on espère aussi être programmés pour des soirées de festivals importants notamment en France. Temps Zero a souvent marqué les esprits des artistes comme du public, je pense au show en bord de Garonne à Toulouse avec le groupe Oiseaux-Tempête, et dans l’opéra de Braga avec Alyssa et Cyril M, c’était inoubliable.

Propos recueillis par Fabien Ribery

Sans titre
© Gael Bonnefon

Prochaines performances dans le cinéma Schikaneder de Vienne (Autriche) durant le festival FotoWien les 23 mars, 24 mars et 13 avril – images de Michael Ackerman, Gaël Bonnefon, Martin Bogren, Lorenzo Castore, Stéphane Charpentier, Clara Chichin, Adam Grossman Cohen, Damien Daufresne, Gabrielle Duplantier, Theo Elias, Marco Marzocchi, Lorena Morin, Patricia Morosan, Alisa Resnik, Gilles Roudière, Uli M Schueppel, Marie Sordat ; Bande son composée par Alyssa Moxley, avec des sons additionnels de David Bryant, Theodore Pistiolas et Martyna Poznańska.

http://tempszero.com/hello

TZ 07 BRAGA

Workshop Image & Sound à Athènes (Grèce), du 6 au 13 juin 2019 – dirigé par Uli M Schueppel (film), Stéphane Charpentier (photographie) et Alyssa Moxley (son) – avec performance finale à l’Institut Français d’Athènes

http://tempszero.com/workshop3

Vidéo concert Thessalonique et Rome

 

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