Rome, ville des échos, et monument aux éditions Taschen

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Fratelli D’Alessandri
Le Colisée, photographié depuis l’arc de Titus, vers 1860–1865 © Archive Mazza-Fanelli, Paris / Taschen

« Il lui parla des premiers jours, du bal au palais Farnèse, d’une partie de chasse à la campagne du Divin Amour, des rencontres matinales sur la place d’Espagne, devant les vitrines des orfèvres, ou dans la tranquille et aristocratique rue Sixtine, lorsqu’elle sortait du palais Barberini suivie par les bouquetières qui lui offraient des roses dans des corbeilles. » (Gabrielle d’Annunzio, Il Piacere, 1889)

Rome, c’est immense, Alma mater, l’origine du monde, le pape, la poitrine de la louve Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi, Nanni Moretti l’hypocondriaque engagé, et La vocation de Saint Matthieu du Caravage dans l’église Saint-Louis-des-Français.

Rome, c’est l’élégance en lunettes noires, des costumes impeccables, un espresso en terrasse, et le cri des martyrs chrétiens dans les arènes du Colisée.

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Le port de Ripetta, Rome, vers 1872 © Fondo Romano, Rome / Taschen

Rome, c’est l’illusion, les jambes de Sophia Loren, le petit peuple du Trastevere, le fascisme mussolinien, et l’éléphant du Bernin.

Rome, c’est une mosaïque temporelle, le regard de Gina Lollobrigida, le théâtre de la place Saint-Pierre, le bric-à-brac fabuleux du Forum, les avirons sur le Tibre, la Villa Médicis, et la promenade du Pincio.

Rome, c’est la demi-lune de la lame de la mannaia (guillotine), un soleil de plomb, la drôle de forme du château Saint-Ange, une marchande de fleurs dans une rue historique, et, en 1977, le film Una Giornata Particolare, d’Ettore Scola.

Rome, ce sont les oies du Capitole, les glaciers de la piazza di Spagna, l’escalier de Trinità dei Monti, le marché de la piazza Navona, et la bénédiction de Pâques.

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Photoglob Zürich
Piazza della Minerva, Rome, vers 1905 © Marc Walter Collection, Paris / Taschen

Rome, c’est le Panthéon vide, le visage d’Alberto Moravia, l’arc de Titus, la statue de Giordano Bruno sur le Campo de’ Fiori, la via Appia, la villa d’Este, et le fantôme de Gabriele d’Annunzio.

Rome, c’est le trottinement des petits prêtres, le pas vif de Pasolini, le standing du Caffè Greco, les vestiges du temple de Mars et una piccola trattoria typique du Latium.

Rome, c’est l’une des villes les plus prestigieuses du Grand Tour, des carabiniers terriblement séducteurs, les tritons de la piazza Barberini, l’effervescence de la gare Termini.

Rome, c’est une jeune femme en manteau de fourrure conduisant une Vespa, une assiette de fettucine fraîches, la Scala Regia du palais apostolique avec ses gardes suisses, un air de province.

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Giuseppe Primoli
Boutique de charcuterie, fromages et épices près du portique d’Octavie, Rome, 1889–1900 © Fondazione Primoli, Rome / Taschen

Rome, c’est le faubourg de Pietralata, un plat de porchetta, une partie de mourre, des chats étiques, et un repas en plein air au pied du temple de Vesta à Tivoli.

Rome, c’est le David du Bernin dans la galerie Borghèse, des histoires d’amour dans les thermes de Dioclétien, un rideau de perles à l’entrée d’une boutique, et du vin rouge posé sur une table à carreaux installée dans la rue.

Rome, c’est une visite célèbre de Jean-Paul Sartre à l’écrivain Carlo Levi (Il popolo di Roma, 1960), les affiches du P.C.I. collées sur des murs noircis de crasse (Vota communista), des réceptions mondaines dans les jardins de la villa Aldobrandini, des plaques de rue en marbre blanc, le néoréalisme de Rossellini, et des maçons mangeant une pizza enveloppée dans du papier journal.

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Giuseppe Primoli
Cireur de chaussures près d’un kiosque à journaux de la piazza Navona, Rome, 1889–1900 © Fondazione Primoli, Rome / Taschen

Rome, c’est l’odeur du jasmin, des lauriers roses et du gazoil, des nonnes polonaises en extase, le cri d’Anna Magnani appelant son garçon, le rire de Dino Risi, des ex-voto sur une portion du mur d’Aurélien, et l’aéroport de Ciampino.

Rome, c’est Cineccità, le Palazzo Colonna, les Jeux olympiques de 1960, les ragazzi d’Accatone, le luxe de l’hôtel Excelsior, le Piper Club, les illuminations de Noël dans la via Frattina, et les bas noirs d’Ornella Muti posant pour Bettina Rheims en 1989.

Rome, c’est Jean Cocteau écrivant en 1937 dans Mon premier voyage : « L’âme d’un pays ne change pas. C’est elle qui nous observer derrière les palais blindés, derrière ce calme, derrière cette discipline, derrière ces uniformes romanesques, derrière le masque tragique et comique du Duce. »

Ou Pier Paolo Pasolini écrivant, in William Klein, Rome, 1959 : « Les citoyens romains sont de souche juive,… ils descendent des anciens esclaves et affranchis orientaux. Aussi règne-t-il dans la Ville éternelle une atmosphère très levantine : beaucoup de beauté et de paresse. Soraya et Farouk s’y sentent presque chez eux. »

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Pasquale De Antonis
Concours de beauté à la galerie Borghèse, Rome : un mannequin portant une robe de la maison de couture Sorelle Botti assise près de la Pauline Borghèse de Canova, 1947 © Riccardo De Antonis, Rome / Taschen

Rome, c’est aussi un livre formidable, chez Taschen, mené par Giovanni Fanelli, professeur d’histoire et d’architecture à l’université de Florence, ayant construit un propos chronologique en cinq parties ; « De capitale des Etats pontificaux à capitale de l’Italie », « Entre symbole et ‘grand village’ », « Ombres et lumières des années fascistes », « Du néoréalisme à la dolce vota et au miracle économique », « Des ‘années de plomb’ d’hier aux fragiles espoirs internationaux d’aujourd’hui ».

Richement illustré – des centaines d’images anonymes ou faites par les plus grands (Henri Cartier-Bresson, Peter Lindbergh, Slim Aarons, William Klein, Herbert List, David Seymour,  Ferdinando Scianna, Robert Capa, Elliott Erwitt, Jacques Rouchon), des photogrammes (La dolce vita, de Fellini, Un Américain à Rome, de Stefano Vanzina, Mamma Roma, de Pier Paolo Pasolini) -, Città Eterna est un livre que Freud aurait sans nul doute aimé, qui écrivait dans une lettre datée du 22 septembre 1907, croyez-le ou non : « Les femmes, dans la foule, sont très belles, dans la mesure où elles ne sont pas étrangères. Les Romaines, bizarrement, sont belles même lorsqu’elles sont laides et, en fait, il y en a peu qui le soient parmi elles. »

A vous de voyager maintenant.

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Rome, coordination éditoriale et textes Giovanni Fanelli, Taschen,, 2018, 488 pages

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Se procurer le volume Rome, Portrait of a City chez Taschen

 

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