L’atelier, un premier roman de Sarah Manigne

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L’atelier de Sarah Manigne est un premier roman.

Il est court, maîtrisé, et fait penser de par sa thématique principale aux enfants délaissés d’écrivains, de peintres – les exemples sont nombreux -, malmenés par les exigences artistiques de qui leur a donné vie – comme un dommage collatéral, généralement inaperçu avant que la tornade d’une révolte intime ne se déclare.

En cinq chapitres et un épilogue, Odile, fille d’un peintre renommé et d’une mère excentrique, autoritaire, insupportable (les sourcils en accent circonflexe la résument), narre avec un grand sens du rythme et de la formule ce qu’a été jusque-là sa vie.

Jusque-là, c’est-à-dire jusqu’à l’occasion d’une séance de pose pour Louis, son père, la regardant enfin vraiment.

Ses parents sont des seigneurs considérant tout autre comme un subalterne.

Odile a-t-elle vécu à leurs yeux ? Rien n’est moins sûr quand ce furent la gouvernante (Mademoiselle) et son grand-père (le Comptable) qui essentiellement l’élevèrent.

Educhka, la mère, a fait de son mari l’artiste qu’il est devenu, dirigeant son inspiration en le castrant : « Louis avait presque trente ans lorsqu’il l’a rencontrée, et sans elle, il aurait repris l’étude du Comptable, incapable de lutter contre la pression familiale, incapable de se chercher un autre emploi. Il était Louis Lerieux, elle a inventé Louis Capelan. Elle a immédiatement cru en son talent et y a cru tellement fort qu’elle l’a forcé à y croire lui-même. Jusqu’alors il avait multiplié les portraits, exposé lors de divers salons avec une petite gloire, mais, comme elle le lui répétait inlassablement : Tu n’avais pas assez faim, mon cher Louis. »

Pour son bien, la muse était tyrannique, l’enfermant dans son atelier de la rue de la Monnaie (Paris), afin qu’il l’éblouisse de nouveau : « Et lorsqu’elle n’aime pas, elle fait d’horribles scènes, lacérant les tableaux : Des torchons, mon pauvre Louis. (…) Mais ce n’est pas mieux que du Fautrier. Une moue de dégoût déforme alors son visage. Qu’y a-t-il de plus dégradant que d’être un vulgaire ersatz, un petit escroc 

Maman est folle, maman est une mante religieuse, on connaît la chanson, qui étonne pourtant toujours.

Mais peu à peu Louis se rebelle.

A quarante ans, il fugue, deux mois, personne ne sait où, puis quitte une harpie qui disparaît de ses toiles.

Le Comptable aura la garde de l’enfant, qui invente des rites étranges.

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Un crayon-feutre Flo-Master ramené de New York par son père est le début d’une vocation.

Symptômes de l’anorexie.

Pension au château suisse de Bourdigny où l’adolescente passera son baccalauréat.

Il y fait froid, le silence règne, on peut y mourir sans que personne ne s’en rende compte.

Odile commence à dessiner sur les murs de sa chambre, s’échappe.

Sanction du directeur qui aime la peinture : une heure de dessin obligatoire chaque soir.

Odile n’a presque plus de corps.

Il reste une quarantaine de pages, que je ne vous résume pas.

Vous avez sûrement perçu qu’il y a beaucoup de plaisir à découvrir seul cet Atelier.

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Sarah Manigne, L’atelier, Mercure de France, 2018, 108 pages

Mercure de France

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