Le testament des oubliés, par Benjamin Hoffman, photographe, et Jean-Baptiste Gauvin, auteur

AuBord-34
© Benjamin Hoffman

C’est chaque jour un massacre désolant, une hécatombe pour rien, pour des hommes pressés, pour des dieux du bitume royalement indifférents, pour des océans lointains.

C’est un petit livre dont la couverture est pailletée d’or, comme un hommage somptuaire à ces invisibles d’une tragédie des lisières.

C’est Au bord, un texte de Jean-Baptiste Gauvin, qu’encadrent des photographies en noir & blanc de Benjamin Hoffman montrant en format carré des animaux rejetés par la route, beaux encore, parfois même monstrueusement, malgré la violence du choc les ayant envoyés valser dans l’autre monde.

Des cadavres de renards, d’oiseaux, de blaireaux, de daims, de rongeurs.

Une confrontation avec l’altérité radicale.

AuBord-13
© Benjamin Hoffman

Nous sommes sur plusieurs continents, près de landes, de déserts, de rivages. Sables et pierres, cailloux, gravillons, roches.

Jean-Baptiste Gauvin, qui invente un texte hybride (lettre, poème, récit, dialogue, article de loi, page du Monde) pour accompagner ces images par l’implicite et les sous-conversations, cite La mort du loup d’Alfred de Vigny, poème daté de 1843 : « Comment on doit quitter la vie et tous ses maux, / C’est vous qui le savez, sublimes animaux ! »

Ces abandonnés des routes, ces massacrés, sont des exilés rejetés par la mer et la frérocité universelle.

Au bord est un cimetière international où se recueillir, un espace pour les oubliés, une annexe au Livre des morts.

AuBord-22
© Benjamin Hoffman

Apparaît un serpent sans vie, sublime, mystérieux, total.

Les animaux sont des poèmes, des phrases aux aguets, l’aube de toute création.

Benjamin Hoffman et Jean-Baptiste Gauvin ont inventé pour eux un petit livre rare sonnant comme un bol tibétain.

AuBord-21
© Benjamin Hoffman

« Je suis la bête / qu’on laisse / dans un champ / La blessure vive / Ouverte / Comme on laisse / Ouverte / Comme / La main du mort / Qu’on retrouve / Ouverte / Qu’on laisse / Comme la bête / Au bord de nous / Qu’on / Abandonne / Ouverte »Capture d_écran 2018-09-24 à 21.58.08

Benjamin Hoffman et Jean-Baptiste Gauvin, Au bord, les éditions du petit oiseau, 2018

Les éditions du petit oiseau

Site de Benjamin Hoffman

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s