Another brick in the wall, par Roméo Julien, plasticien interventionniste

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© Roméo Julien

La scène se passe au Vietnam, dans la campagne, à la sortie de Ho Chi Minh City, pas loin du fleuve Saigon.

Un jeune homme construit un mur en plein soleil, c’est un fou de Français. Il sue, titube, manque de tomber plusieurs fois, mais sa volonté est aussi dure que du béton armé.

Derrière lui, le hors-champ d’une usine de peinture. A chaque pause, des ouvriers le regardent, et ne peuvent s’empêcher de rire. Ils fument, boivent le thé, mangent un peu, se parlent, et rient.

Pourtant, ce n’est pas un clown payé par le patron, qui n’y penserait d’ailleurs pas, mais un artiste invité chez eux, en Asie extrême. Il s’appelle Roméo Julien, vient de Marseille, mais avec les seaux qu’il porte toute la journée ressemble davantage à un forcené qu’à un amoureux des beaux-arts.

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© Roméo Julien

Un socle de ciment, une ligne de niveau, des parpaings. C’est l’édification d’un mur.

Building a wall est une installation éphémère, une action aux lisières de l’absurde à l’autre bout du monde, un découpage obstiné de l’espace par un parallélépipède stable et mouvant, bientôt recouvert de signes graphiques noirs, puis de blanc, puis d’autres glyphes bizarres, puis de blanc, jusqu’à créer un palimpseste, une mémoire se dessinant en s’effaçant.

Un livre témoigne de cette performance. Couverture verte et rose élégante façon jungle girly, intérieur noir & blanc composé de photographies sans commentaire montrant dans le même cadrage – le systématisme indique la radicalité poétique du propos – l’apparition progressive d’un mur où projeter son inconscient, puis sa quasi disparition.

Ces images, tendues par un projet mené avec la souple fermeté d’un maître de budo, sont des enchantements ténus provoquant une joie presque bouffonne.

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© Roméo Julien

Les détails sont des indices à analyser, des pièces à conviction, puisqu’il n’y a plus d’innocence dans notre monde coupable.

Une bâche, un pot de peinture renversé, une planche.

Roméo Julien construit un temple à saccager. Ses aplats de ciment, puis de blanc, sont des hommages à Robert Morris, ou au néant, renversant les forces de destruction et de ségrégation (combien de kilomètres de murs aujourd’hui sur la planète ?) en acte de vie.

La forêt reprend ses droits. Quelque chose a eu lieu, qui n’était presque rien, mais qui change tout.

La structure moléculaire de l’espace est modifiée, les oiseaux ne chantent plus tout à fait de la même façon, et le thé de midi semble différent.

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Roméo Julien, Building a wall, Editions Autonomes, 2018 – design Antonin Faurel – 200 exemplaires

Impression

Editions Autonomes

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Site de Roméo Julien

Librairie Lame où se procurer le livre

 

 

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