Poésie, vérité pratique, par Arnaud Le Vac, marcheur

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« Le repos éveillé / du feuillage / bruissant de la cour / et de l’eau jaillissant / et retombant / dans les grandes vasques / des fontaines / de la place voisine. »

Emprunter les chemins de l’immanence, de la belle et âpre réalité, y frotter sa peau, ses rêves, ses désirs et ses échecs, en toute humilité, avec ambition, voilà le pas d’un poète naviguant de canaux en canaux, à Amsterdam, à Venise, et partout où sous le bitume se dessinent des lignes d’eau.

Voilà Arnaud Le Vac en son deuxième recueil publié aux éditions du Cygne après On ne part pas en 2017 (présenté alors dans L’Intervalle), Reprenons les chemins d’ici – qui ne mènent jamais vraiment nulle part.

Le parcours est d’un solitaire, n’abandonnant pas l’utopie de l’autre, écrivant en vers pour lui, pour tous, et en revue, puisqu’il est aussi le fondateur du Sac du semeur (n°3 paru en 2018).

La vie, à l’époque de la reproductibilité technique des vivants et des morts, s’est absentée, vers qui le poème lance son tissu de lianes.

Des Pôle Emploi, des rendez-vous, des contrôles, des CV.

Pourtant : « Ne rien faire d’autre / qu’être là / dans cette question / du monde, / de l’homme et du langage, / et dans ce qui à chaque instant / ne cesse d’advenir. »

Vous êtes pauvre peut-être, mais sans indigence, puisque tout est là, disponible, dans une richesse inconcevable pour les pressés et surmenés du vide.

« Le sommeil immédiat, / quelque part par là, / avec toi, sans toi, / à côté de toi / dans le cadre mondial / de l’Europe. »

De cri en cri (Giotto, Artaud, Debord…), traverser le spectacle et la corruption devenus monde.

Une langue, toutes les langues.

Un cri, tous les cris.

« Trop ? / Jamais assez. »

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Reprenons les chemins d’ici voyage (Bucarest, Paris, Amsterdam, Venise, campagnes), boit (whisky, Bordeaux), dort, rit, fait des rencontres (Max Jacob, Tristan Tzara, André Breton, Guillaume Apollinaire, Henri de Régnier, Erasme, Cees Nooteboom, Voltaire, Victor Hugo, Marcelin Pleynet, Alain Jouffroy, Michel Butor, Ezra Pound, Andrea Zanzotto), embrasse, a le temps de prendre le temps.

Ce sont des poèmes de moins d’une page, qui élargissent pourtant l’espace, font respirer mieux, déblaient les fausses impasses.

Ecrire vraiment : négation de la négation. Dégagement.

Le siècle est un charnier, et « Le vaporetto s’avance / sur le grand canal. »

Silence sur l’île, musiques de l’eau, des ciels, des palais, des peintures, des musiques : « On est ce que l’on aime. »

Héraclite, Parménide, Dante, Homère, Spinoza, bonne compagnie des voyageurs du temps.

La bibliothèque est ouverte, comme les sens, comme une bouche trouvant une bouche dans un acte d’amour.

« Ce que j’essaie d’atteindre / est ce mouvement / de la parole / dans le langage et la vie. // Quand dire rejoint faire / et que faire rejoint dire. // Tout est dit qui doit être dit, / tout est fait qui doit être fait. »

Tourne en ces pages la planète Sollers, c’est très bien, comme un soleil qui n’aveugle pas.

On se retrouve sur les pontons, ou pas.

Rien ne finit qui a commencé.

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Arnaud Le Vac, Reprenons les chemins d’ici, Editions du Cygne, 2019, 76 pages

Editions du Cygne

Le sac du semeur 3, revue numérique, année 2018

Arnaud Le Vac

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Se procurer Reprenons les chemins d’ici

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