Parce que l’Inde est toujours ainsi, par Georges Dussaud, photographe, et Pier Paolo Pasolini

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© Georges Dussaud

Premières images, premières sensations, montée de noms, admiration.

On pense à Sergio Larrain, à Bernard Plossu, à René Tanguy, à Philippe Séclier, à Alain Keler, à Guillaume Lebrun, aux meilleurs.

Sur la couverture de L’odeur de l’Inde (Les Editions de Juillet), il y a le nom de Georges Dussaud, frère de bourlingue de ces monstres-là, photographe voyageur comme il y a des écrivains voyageurs, des écrivains tout court, comme Nicolas Bouvier, comme Jacques Lacarrière, comme Kenneth White, comme Emmanuel Ruben, cycliste des Balkans.

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© Georges Dussaud

Mais nous sommes ici plus à l’est encore, à la source du feu et des mystères, en Inde, où le sacré n’est pas moins vache que boue, foule que solitude, eau que temple, tissu que fleur, crachat que larme.

Le photographe Klavdij Sluban écrit ainsi en préface : « Le sentiment océanique, si joliment nommé comme un des syndromes du voyageur, pourrait caractériser l’harmonie spirituelle que connaît Georges Dussaud en communion avec l’entourage. »

Car ici tout est flux, énergie, geste, enfance, regard, peau nue, danse, fête, travail, monde intérieur jeté dans le fracas des villes, mêlée des vivants et des morts, impitoyable dureté et douceur déchirante.

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© Georges Dussaud

Oui, Georges Dussaud a la grâce, qui lui fait embrasser en un même mouvement des réalités et géographies incompossibles.

Le noir et blanc n’est surtout pas ici de nostalgie, mais une teinte faisant basculer le présent dans le passé, le passé dans le présent, parce que si tout est palpable, tout est aussi rêve, voile, illusion, départ, exil.

Le grain de ses images est un marc envoûtant, très voluptueux, exaltant la langue comme les yeux.

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© Georges Dussaud

Le photographe ne capture pas, mais accueille sans défi qui le regarde fixement comme l’étranger qu’il est.

Les rickshaws sont pour le moment vides, que la sueur de leur conducteur va faire slalomer dans le chaos des rues.

C’est l’Inde des hommes et femmes de peine, du déchet et du sacre, de l’énigme d’être dans l’évidence du tout.

L’Inde où les enfants jouent dans l’immémorial.

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© Georges Dussaud

Les oiseaux qu’aime à photographier Georges Dussaud en savent plus long que nous, pauvres marcheurs condamnés au labeur.

« Le rideau se lève, poursuit Sluban. Nous sommes au théâtre. L’auteur va nous narrer une Inde, son Inde, ce qui est encore la manière la plus honnête d’avouer qu’en Asie on ne peut être qu’un barbare, mais ce barbare-ci nous fait l’économie d’un exposé didactique. Il ne s’agira pas d’illustrer mais de livrer une vision d’auteur qui assume l’expression à la première personne du singulier. »

La référence à Henri Michaux est ici évidente, mais le texte reproduit en intégralité en fin de volume est celui de Pier Paolo Pasolini, traduit comme toujours excellemment par René de Ceccaty.

Il s’intitule L’odeur de l’Inde, c’est inspirant.

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© Georges Dussaud

On y lit : « Tous les porches, tous les trottoirs regorgent de dormeurs. Ils sont étendus à terre, contre les colonnes, les murs, les chambranles de portes. Leurs chiffons les enveloppent complètement, cireux de saleté. Leur sommeil est si profond qu’ils ressemblent à des morts dans leur suaire déchiré, fétide. »

On y lit l’indigence et la profusion, la pauvreté des existences et la richesse des rites, la saleté et la beauté.

Moravia et Elsa Morante sont là, inamovibles compagnons de voyage, comme un esprit d’Italie, comme un amer perçu au cœur de la tempête fomentée par les dieux de l’hindouisme.

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© Georges Dussaud

« Les cris des corneilles nous poursuivent, plus ou moins denses et désordonnés, à travers tout l’Inde. C’est une répétition significative : elles semblent dire : nous sommes toujours là, parce que l’Inde est toujours ainsi. »

Georges Dussaud a lu Pasolini, l’a probablement oublié, avant de le redécouvrir dans ses images, qui sont des palais où abriter la singulière beauté d’un peuple semblant à échapper encore à l’ethnocide culturel dénoncé en son propre pays par le grand intellectuel italien.

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Georges Dussaud, L’odeur de l’Inde, texte Pier Paolo Pasolini (traduction René de Ceccaty), préface de Klavdij Sluban, Les Editions de Juillet, 2018, 164 pages

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© Georges Dussaud

Site de Georges Dussaud

Les Editions de Juillet

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© Georges Dussaud

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Se procurer L’odeur de l’Inde

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