De la photographie comme archéologie de soi, par Christine Delory-Momberger

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© Christine Delory-Momberger

Christine Delory-Momberger est chercheuse, essayiste (Le geste d’Agata, André Frère Editions, 2016), et auteure d’un travail photographique sur l’exil des plus singuliers.

Abordant l’image comme trace d’une origine à fouiller, dépecer, mais aussi laisser advenir, comme si la mémoire était à déplier à partir de points de détails fuyants, comme si tout échappait toujours, et que ne restait du passé que la substance de formes fantomales étranges, Christine Delory-Momberger a imaginé avec le photographe et maquettiste Dominique Mérigard Exils/Réminiscences, coffret de trois livres où dominent le noir & blanc, le flou, et un sentiment de hantise.

L’image fixe est une image mouvante, que le montage vient animer.

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© Christine Delory-Momberger
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© Christine Delory-Momberger

Il ne faut pas ici distinguer l’origine de la force de l’imaginaire, mais penser que, malgré tout, comme l’écrit Didi-Huberman, la photographie surgit comme témoignage et persistance d’être.

Exils/Réminiscences, œuvre sur l’intime, ce qui s’absente et ce qui insiste, provient d’une nuit permettant une « archéologie de soi » belle et touchante dans son tremblement même.

Prévaut ici la logique d’un partage du sensible où l’inconnaissable est moins un manque qu’un don.

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© Christine Delory-Momberger

Pourquoi avoir fait le choix d’une présentation tripartite de votre livre se présentant sous coffret, Exils/Réminiscences ? Comment avez-vous articulé vos trois livres ?

Le choix s’est imposé. J’ai commencé à faire la première partie « tendre les bras au-dessus des abîmes » en ne pensant pas à une suite. Mais lorsque la série a été terminée et quelques temps après, j’ai eu tout d’un coup le souvenir d’une photo qui était dans le garage de ma mère et qui la représentait debout sur une borne en Lorraine à la frontière France-Allemagne et qui venait de tomber parce que c’était la Libération. J’ai eu l’intuition que cette image avait soutenu cette première partie sans que cela me soit conscient. C’est le début de la 2ème partie : « dans le souffle du labyrinthe » : l’image d’origine a été rephotographiée plusieurs fois en prenant à chaque fois un détail qui devient par-là même signifiant. Cette partie fouille mon histoire personnelle – France-Allemagne-Italie – et la découverte à la réception d’une fiche d’état-civil de mes grands-parents italiens maternels que j’avais demandé à la mairie du village de Lorraine où ils ont finalement émigré, du chemin d’émigration à travers l’Allemagne, la Suisse alémanique puis la Lorraine où ils sont restés, s’est fait à travers la découverte des onze enfants (lieux de naissance-lieux où ils sont enterrés) qu’ils ont eus et qui sont morts très vite – seuls quatre ont survécu (ce sont les petits fantômes). La troisième partie est venue tout naturellement, comme un travail qui devait se clore.

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© Christine Delory-Momberger

Qu’est-ce qu’un exil que l’on n’a pas connu ? Qui est votre famille ?

L’exil est pour moi une notion essentielle et constituante. Ma famille maternelle vient d’Italie, a cherché son lieu où rester. Je suis partie en Allemagne à dix-huit ans puis revenue en France. C’est un sentiment où l’histoire familiale sur quatre générations et l’histoire collective sont entremêlées.

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© Christine Delory-Momberger

Etes-vous lectrice de Jacques Derrida (je pense à son hontologie et ses hantises), ainsi que de Georges Didi-Huberman (la foi absolue dans l’image comme trace et palimpseste) ?

Je suis surtout lectrice de Didi-Huberman. Oui, l’image fait trace, elle ne sert pas à reconstituer un passé qui serait mon histoire, dans mon cas, n’ayant aucune archive familiale, ce sont les quelques photos que j’ai, les archives historiques, les photos trouvées, etc. qui mis ensemble dans un montage constituent peu à peu un territoire imaginaire qui devient le mien.

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© Christine Delory-Momberger
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© Christine Delory-Momberger

Qui est Salah Al Hamdani à qui vous confiez des pages ?

Salah Al Hamdani est un poète d’origine irakienne pour qui l’exil est un sentiment très vif. Il m’a écrit ces deux poèmes après avoir regardé mes images.

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© Christine Delory-Momberger

Pourquoi terminer vos trois livres par l’image d’un dos ?

Je ne m’en étais pas rendu compte. Je vais réfléchir !

Propos recueillis par Fabien Ribery

Exils-reminiscences

Christine Delory-Momberger, Exils/Réminiscences, textes de Christine Delory-Momberger, Salah Al Hamdani, Stéphane Duroy, Arnaud Bizalion Editeur, 2019

Arnaud Bizalion Editeur

Exposition Exils/Réminiscences de Christine Delory-Momberger à la librairie La Nouvelle Chambre Claire (Paris), du 14 mai au 8 juin 2019 – vernissage le 15 mai à partir du 18h

La Nouvelle Chambre Claire

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© Christine Delory-Momberger

Christine Delory-Momberger est représentée par l’agence révélateur

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Elle est membre du collectif femmesPHOTOgraphes

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Se procurer Exils/Réminiscences

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