L’équilibre comme métaphysique, par Pentti Sammallahti, photographe

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© Pentti Sammallahti

Héritier de Cartier-Bresson, mais avec une pointe d’humour nordique très tendre, le Finlandais Pentti Sammallahti capture en ses photographies noir & blanc des instants d’équilibre, entre l’homme et l’animal, l’homme et le paysage, les animaux entre eux.

Emane de son esthétique une grâce immédiatement reconnaissable, une harmonie, une beauté participant d’un éloge du vivant en tant que vivant.

Pas d’encombrement psychologique, de tourments égotiques, mais des formes pures, de la neige, des végétaux, des traces à déchiffrer, la peau douce de l’argentique, et tout un festival d’oiseaux – récemment accueillis en un volume spécifique par Xavier Barral.

Le monde que photographie Pentti Sammallahti est désirable, parce qu’il exalte le mystère de toute présence, sans s’enfermer dans la délectation de l’effroi, et qu’il est souvent drôle, saisi dans des saynètes à la tonalité breughélienne.

Ses images sont peuplées de solitudes et de ciels assez souvent chargés de lourds nuages. Pourtant, domine ici la joie d’être en vie, sans tricherie, dans une sorte de précarité ontologique vécue sans accablement.

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© Pentti Sammallahti

Chaque chose est en place, à sa place, dans l’effort des jours mais aussi sans révolte vaine.

L’œuvre de Pentti Sammallahti dessine la géographie d’un cosmos dégagé de toute turbulence, et d’une solidarité silencieuse entre les vivants, presque malgré eux.

La politique crée des formes et possibilités d’existence, mais les discours s’épuisent quand les conversations muettes des bêtes spontanément rassemblées semblent tellement plus essentielles que des constructions idéologiques.

Le sage finlandais aime les nomades, les mendiants, les enfants, les hommes de peu ou ayant bâti leur vie autour de la prière.

« Pentti Sammallahti a parcouru l’hiver en Finlande, écrit le toujours excellent Gérard Macé dans la préface du Photo Poche (Actes Sud) qui lui est consacré, en Carélie, en Russie, mais il a vu aussi l’Irlande, le Portugal, le Maroc, le Népal et même le Japon. Avec la même attention précise à la lumière, une préférence marquée pour l’heure entre chien et loup, et un graphisme si fin qu’il semble parfois irréel. »

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© Pentti Sammallahti

Ses photographies sont des territoires hospitaliers pour qui sait marcher sur la pointe des pieds et des yeux, telle une Japonaise dans un récit de voyage de Nicolas Bouvier.

Il y a dans ses rectangles de vision du conte, du jadis, des personnages jouant leur rôle dans une fiction plus bien vaste qu’eux.

Les chemins de Pentti Sammallahti ont leurs secrets, mais on peut être certain qu’ils ne mènent pas nulle part.

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Pentti Sammallahti, texte de Gérard Macé, Photo Poche, Actes Sud, troisième édition 2016

Photo Poche – Actes Sud

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Se procurer le volume Pentti Sammallahti

 

 

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