Jeunesses de Basquiat, une exposition à la Collection Lambert

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© Actes Sud / Collection Lambert, 2019

Il y une impertinence Basquiat, un sens de l’enfance Basquiat, une culture Basquiat, une vitesse Basquiat, qui étonne toujours, malgré le grand nombre d’expositions et d’ouvrages consacrés depuis quelques années de façon ininterrompue à son œuvre.

Sous la direction de Stéphane Ibars, eut lieu récemment à la Collection Lambert (Avignon) une exposition consacrée aux rencontres formelles entre les peintures du jeune prodige et celles de trois de ses maîtres, Picasso, Matisse et Twombly.

Donnant l’impression de puiser l’essentiel de son inspiration dans les codes de la rue, des manuels d’anatomie et du jazz comme métissage, Basquiat (1960-1988) a aussi regardé de façon fulgurante ses pairs les plus prestigieux, transférant leur énergie à celle de sa peinture, revitalisant leur vocabulaire esthétique (attention aux visages, goût des couleurs primaires, sens de la dissonance, fragmentation des sujets, passion pour les racines et le vernaculaire, notamment l’art tribal, pratique incessante du dessin), par un art très maîtrisé de la maladresse feinte.

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© Actes Sud / Collection Lambert, 2019

A la façon d’un DJ, Basquiat mixe ses références, les déplaçant dans des territoires inattendus.

La peinture est morte ? un artiste américain d’origine portoricaine et haïtienne vous prouve le contraire, dont chaque œuvre est un hymne à la puissance d’un médium qu’on avait pu croire dans les années 1970 en voie de disparition.

Tout commence à l’école par un tableau noir, une craie, et des listes de mots dont on apprend l’orthographe avant de les biffer, marquant ainsi leur entrée dans la mémoire.

 

Basquiat aime les listes, le lexique, les associations libres et savantes.

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© Actes Sud / Collection Lambert, 2019

Pour évoquer cette exposition, Alain Lombard, directeur de la Collection Lambert, parle avec justesse de « jaillissement ».

Une série de photographies montrant les artistes dans leur atelier rassemblent ces quatre figures majeures de l’art du XXème siècle dans une fraternité secrète et magnifique.

Eclate avec Basquiat la pensée enthousiasmante de la créolisation du monde, notion créée par Edouard Glissant, que cite Stéphane Ibars au début de son propos.

On peut y lire ces mots et expressions « jubilation », « travail aussi révolutionnaire qu’héroïque et majestueux », « comme par effraction », « audace inouïe », « jeune artiste noir américain », « ironie féroce », « Jenny Holzer », « Barbara Kruger », « New York », « espaces hybrides », « carrière flamboyante », « passeur », « rupture formelle », « kid créole », « tout changer ».

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© Actes Sud / Collection Lambert, 2019

« Ce qui frappe chez Basquiat, écrit le curateur français, tient d’abord à cette capacité à embrasser en pionnier l’attitude postmoderne, à mélanger les sources avec une intuition, une jubilation et un savoir hors du commun. (…) En créant des territoires inédits où se côtoient Matisse, Picasso, Twombly, Charlie Parker, Cassius Clay, Mowgli, les poèmes de rue, Batman, et où les toreros en hommage à Picasso ressemblent à Mickey Mousse, Basquiat offre la promesse de nouveaux espaces de représentation sensibles, dans lesquels s’accomplit le projet moderniste d’effacement des frontières entre arts majeurs et arts mineurs, entre matériaux nobles et triviaux, entre artistes autorisés et exclus. »

Il y a un poème Basquiat qui est un festival permanent d’inventions graphiques, de parcours de lecture multiples, d’humour, d’insolence et de puissance de contre-envoûtement nécessaire lorsque l’on veut, au-delà des assignations identitaires réductrices, dialoguer en soi avec l’homme universel et les cultures du monde.

La liberté de Jean-Michel Basquiat est contagieuse, c’est celle que l’on invente pour tout refonder alors que l’on sait bien que le Titanic coule.

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Basquiat Remix, Matisse, Picasso, Twombly, sous la direction de Stéphane Ibars, textes de Alain Lombard, Stéphane Ibars, entretien avec Yvon Lambert, Actes Sud, 2019, 110 pages

Site Actes Sud

Ouvrage accompagnant l’exposition Basquiat, regards avec Matisse, Picasso, Twombly, à la Collection Lambert (Avignon), du 1er juillet au 29 septembre 2019

Collection Lambert en Avignon

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