Des lieux de débauche comme on les aime, par Yan Morvan, photographe

YM_pigalle-ekta8

© Yan Morvan

Avec le livre choc Pigalle (La Manufacture de livres, 2020), Yan Morvan ne baisse pas la garde, bien au contraire.

On l’attaque, il surenchérit ; on le flatte, il sourit, et se détourne, pensant déjà à ses trois prochains livres et aux trésors enfouis dans ses archives.

L’époque est à la moraline, la surveillance, la censure, le puritanisme, la pudibonderie, il montre cash son passé, ses fins de soirée dans les loges de chez Michou, le cabaret des artistes transformistes de Paris, son amitié avec le chanteur Pierre Carré, qui se produisit pendant plus de quarante ans sur la scène des Noctambules, bar de la place Pigalle à Paris, ses nuits de dérives au Folie’s Pigalle, « un vrai lieu de débauche comme on les aime, avec une ambiance à la fois glauque et survoltée où se retrouvent clubbers surlookés, pédés torse nu, racaille en look 100% Lacoste, bimbos et travestis défoncés… »

YM_pigalle-ekta19

© Yan Morvan

« Dans les années 1990, poursuit le photographe, le show « Interdit aux hommes » était un défilé de playboys survitaminés qui proposaient leurs charmes virils à des femmes en goguette friandes de mâle sexe. J’eus la chance de me mêler aux lignes compactes de femmes séduisantes déchaînées devant la virilité, le corps parfait de jeunes hommes séduisants. Certaines se jetaient à leurs pieds, tentaient d’embrasser leur sexe et poussaient des cris de folie. »

Dans ces clubs décidément infréquentables, où se mêlent des réalisateurs de films porno, de nouveaux acteurs, de nouvelles égéries sont repérés.

Parmi les attractions quasi touristiques de Pigalle, il y a le Sexodrome, hypermarché du sexe, des théâtres érotiques,  des spectacles sado-masochistes, et des couples ordinaires se livrant à des jeux de domination extrême.

YM_pigalle740283-16

© Yan Morvan

Chacun jugera, ou pas, rejoindra, ou pas la danse des survolté-e-s, en rêvera ou pas, mais les documents sont là, bruts, sans hypocrisie.

L’incipit de son livre, très bien édité, est sans ambages : « Les images sont la réalité, les mots sont la vérité. Un livre d’images comme un bout de l’enfer, des mots qui racontent et qui les suivent. Pigalle, paysage de l’humain, avec ses malheurs et sa tragédie – humain, trop humain. »    

Photographe de guerre (Liban, Afghanistan, Iran-Irak, Irlande du Nord, Rwanda…), Yan Morvan en a vu d’autres, mais n’a pas vu ça, pas encore, devenant l’ami après un premier reportage sur le monde du porno pour le magazine Lui (Eric Neveu), de Michel Ricaud, star du genre : « Mon reportage lui plaît, le flatte, et nous devenons assez proches. Je l’initie à la philosophie de Jürgen Habermas, la distinction entre la morale et l’éthique (dans une perspective kantienne), qui le rassure et il m’invite régulièrement à manger un pied de cochon dans un restaurant ultranationaliste du quartier de l’Opéra (il se dite membre de la luciférienne Wicca). »

En noir & blanc ou couleur, les images de Yan Morvan sont à hauteur de dance floor, à ras de cuisses des gogo boys et des strip-teaseuses.

YM_pigalle2-18a

© Yan Morvan

Le public a les yeux écarquillés, ou fatigués par l’alcool, en recherche d’orgie et d’inconvenances.

Cigarettes, alcool à flot, chemises roses et bas résille.

Les string va tomber, découvrant peut-être un sexe d’homme, ou de femme.

Le nu intégral est peu cher, et le magasin d’à côté vend des pommes : tout est à consommer.

YM_pigalle5_1-32a

© Yan Morvan

Des salles de bain, des maquillages, des perruques, c’est Venise en ses bas-fonds.

Des seins nus, des théories de godemichets, de la laque, des artistes se préparent.

Ouvertures, emboîtements, chaînes, peignoirs.

Des poupées gonflables, des badines, du latex.

Un fourgon de police, des contrôles, du laisser-faire.

Un homme-chien tenu en laisse, une femme mélancolique, deux professionnelles du sexe qui s’étreignent.

YM_pigalle-ekta35n

© Yan Morvan

Un faux Michael Jackson, une vraie exhibitionnisme, un couple faisant l’amour à même des escaliers.

Des fouets, de la masturbation, des caresses entre hommes, du show.

Michou est décédé à quatre-vingt-six ans le 26 janvier 2020, deux mois avant l’autre monde.

Ce livre de dimension festive et finalement archéologique (Pigalle s’est considérablement gentrifiée) lui est naturellement dédié.

En attendant de s’indigner, on peut relire Balzac – mais jusque quand ? -, Splendeurs et misères des courtisanes.

Et revoir Meurtre d’un bookmaker chinois, du grand Cassavetes.

Ben Gazzara for ever.

007821060

Yan Morvan, Pigalle, direction éditoriale et coordination Pierre Fourniaud, direction artistique, design et editing photo Loïc Vincent, La Manufacture de livres, 2020, 236 pages

Yan Morvan – galerie Sit Down

La Manufacture de livres

Acheter un exemplaire signé

Exposition Yan Morvan, Première ligne, Théâtre Maurice Novarina, Galerie de L’Etrave (Thonon), du 5 novembre 2020 au 23 janvier 2021

Site de La Maison des arts du Léman (Thonon-Evian)

 

logo_light_with_bg

Se procurer Pigalle

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s