Blanco, dantesque matrice de calcite, par Elton Gllava, photographe

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© Elton Gllava

J’ai déjà à deux reprises, pour les volumes 2 et 3 de la collection Terra devant en comporter cinq, vanté la beauté des productions de la maison d’édition italienne Origini Edizioni (Livourne).

Avant Vialattea, du photographe grec Ilias Georgidias et Finisterrae de Michele Palazzi, est paru en 2019 Blanco, du photographe albanais Elton Gllava, dans un même format carré faisant songer à celui des pochettes de disques 33 tours.

C’est un livre de vertiges, très graphique, prenant pour cadre une carrière de marbre.

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© Elton Gllava

Ce pourrait être une plongée dans un souterrain, ou une escalade sauvage d’une corniche dantesque.

Les hommes ont creusé la montagne précieuse, ont arraché des roches pour embellir leur palais, ont détruit pour créer, dialectique de l’être et du néant, du néant et de l’être.

Blanco est ainsi paradoxalement un livre très noir, parce que l’extraction de l’or blanc nécessite d’abord d’exercer contre la matière une puissance de fureur.

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© Elton Gllava

Des corridors, des veines, des blocs plus ou moins purs.

Comment rêver à partir de l’amas de ces pierres effondrées à des édifices de gloire ?

Comment sculpter ces météorites semblant si indociles ?

La carrière est un labyrinthe métaphysique, les hommes y sont ridicules, et pourtant terriblement efficaces dans leur pouvoir d’excavation.

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© Elton Gllava

Ici, le tremblement de terre n’est pas d’origine naturelle, il est l’effet de la culture.

Pour les tombes, pour les sculpteurs épris d’absolu, pour les demeures luxueuses, il faut fournir le précieux matériau qui défiera le temps.

Pour le moment, c’est une poussière sale, un charbon strié, une installation de Christo.

Les plans se superposent, l’œil s’égare, il y a des échelles de corde dérisoires fixées sur les parois sublimes, des découpes menaçantes, le silence glacé succédant à un bruit infernal.

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© Elton Gllava

Elton Gllava introduit subtilement çà et là quelques aplats de couleur bleutés ou bruns, comme des possibilités de ciels, ou des marches écaillées menant à des hauteurs suprahumaines.

Le leporello se déploie de façon panoramique, mettant en tension, dans une désorientation majeure, l’horizontalité de la lecture et la verticalité des parois creusées, découpées, fouillées avec méthode.

Blanco est un livre de dimension fantastique, montrant impudiquement ce qui ne se voit pas, les entrailles de la terre, une crypte d’engendrement, le cri muet d’une montagne accouchant d’une avalanche de pierres.

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© Elton Gllava

Les images, parfois volontairement imparfaites, tremblées ou floues, pourraient être d’un film d’espionnage soviétique, d’une tension de l’œil entre des polarités contraires, d’une volonté de témoigner de quelque matrice secrète, et de la folie destructrice que produit quelquefois le désir de beauté.

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Elton Gllava, Blanco, project, design and réalisation by Valentino Barachini & Chiara Capodici, copwriting by Matilde Vittoria Larichhia, Origini edizioni (Livourne, Italie), 2019 – 200 exemplaires numérotés et signés

Elton Gllava – site

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© Elton Gllava

Se procurer Blanco – Origini Edizioni

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