Pour une politique des villes en Wallonie, par la revue Dérivations

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© Simon Vansteenwinckel

Voici un livre – le numéro 6 de la revue liégeoise semestrielle Dérivations – autour duquel je tourne depuis plusieurs mois, tant il m’impressionne par la qualité du travail éditorial accompli et les textes rassemblés.

Consacrée aux débats urbains, son sixième numéro est notamment une réflexion sur la ville de Charleroi, la « starbuckisation de l’espace public » au détriment des « communs ».

Liège est-elle la « locomotive » naturelle pour la Wallonie ?

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© Simon Vansteenwinckel

Pourquoi cette volonté de favoriser Namur ?

Les édiles préfèrent-ils le saupoudrage régional des institutions et organes de décision au renforcement des pouvoirs métropolitains ?

Dérivations est plus qu’une revue sous format livre, c’est une plateforme de recherche, un laboratoire générant un grand nombre de pistes, de propositions, d’idées.

Dans un grand entretien avec Luc Schuiten, le pionnier de l’architecture écologique devenue maître incontesté d’une bande dessinée faisant une grande place aux utopies urbaines, affirme ne pas croire en la disparition des villes : « J’imagine une ville complètement différente, qui travaillerait dans une sorte d’autonomie énergétique renouvelable, et qui consommerait moins d’énergie qu’actuellement : il faut être plus léger, moins performant, mais en gagnant en beauté, en justesse, en économie d’énergie correspondant à ce que la nature produit. Je cherche simplement des voies qui me permettent d’exprimer cela : mes véhicules sont légers, modulanbles, fonctionnant sous la forme d’une intelligence collective, comme dans une fourmilière. »

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© Simon Vansteenwinckel

Dans un vaste dossier intitulé « Charleroi, ville expérimentale », on découvre une cité entre abandon et mutation, marasme et profonds désirs de transformation, déclassement et redynamisation : arrivée d’un Bouwmeester (maître-architecte, Georgios Maillis), chargé de définir une politique urbaine cohérente ; volonté d’accueillir de nouveaux habitants dans le centre-ville, de reconstruire une identité urbaine, de miser sur l’offre culturelle, de soigner les liens, notamment dans les transports, avec la périphérie, de favoriser l’enseignement supérieur, de ne pas négliger la rénovation des « petites choses », et de travailler l’image de la ville marquée par le noir de l’extraction du charbon ayant été le moteur de son expansion.

Dialectique du déclin industriel des charbonnages, des chantiers inaboutis, et d’une reprise en main par les pouvoirs publics.

« Le patrimoine carolorégien, analyse Marion Bourgeois, diplômée en Conservation et Restauration du patrimoine culturel immobilier, possède une valeur esthétique et historique certaine, représentative d’une époque, certes réduite, mais très typée. Sa valorisation participe grandement à l’amélioration de l’image et de l’identité de la ville qui est à l’œuvre au Pays noir. »

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© Simon Vansteenwinckel

On se souvient peut-être du livre Charleroi (2011), de Bernard Plossu, photographiant la ville comme dans un film noir.

« J’ai l’impression, précise l’architecte Yean Yernaux, que les politiques régionales veulent tout faire pour éviter de positionner Charleroi sur un axe européen Nord-Sud, comprenant la France et les Pays-Bas. Or, la notion de corridor Rotterdam-Marseille, c’est ici qu’elle est née, il y a 50 ans à Charleroi. »

Pour se faire une idée de la ville, on peut emprunter le 59, le petit ring de la ville, mais aussi le métro léger, et observer la transformation de l’espace public en cours.

Charleroi peut-elle être une ville durable ? Est-elle capable d’imaginer une politique urbaine de lutte contre la ségrégation sociale ? Saurait-elle-même être exemplaire en ces domaines et inspirer d’autres communes ?

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© Simon Vansteenwinckel

L’ingénieure sociale Lise Cirillo s’interroge : « La ville durable ne peut l’être réellement que si elle reconnaît d’une part le savoir et l’expérience des publics, partant des femmes et des usagers porteurs de discriminations croisées, et si elle les intègre dans un processus démocratique de co-construction de la ville durable. »

Le dossier Charleroi, extrêmement fouillé, est une opportunité pour tous les acteurs locaux et régionaux soucieux de penser au mieux la complexité et la richesse de cette ville, qu’il s’agisse par exemple de la question des transports, de celle des collectifs de citoyens, ou des « opérateurs culturels », offrant notamment, par l’entremise d’Emmanuel d’Autreppe, des portfolios aux photographes Jacky Lecouturier, Simon Vansteenwinckel, et, pour la couleur, Marie-Noëlle Dailly et Olivier Cornil.

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© Simon Vansteenwinckel

Mais l’on trouvera aussi dans ce riche numéro de Dérivations – liste non exhaustive -un article sur « le déclin des trains de nuit en Europe et sur leur relance possible » (Vincent Doumayrou), une anthologie littéraire de façades de maisons et immeubles pour la plupart aujourd’hui introuvables (Christophe Gilot), un troisième cahier en couleur confié à Colin Gray, et un propos sur la ville comme « scène » par Nikos Magouliotis.

En Belgique, pour ceux qui en douteraient, on bosse sur le fond.

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Revue Dérivations, « Pour le débat urbain », numéro 6, décembre 2019 – direction Pierre Geurts et François Schreuer – 310 pages

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Revue Dérivations

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