Vivre ne suffit pas, par Roland Sénéca, peintre et graveur

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© Roland Sénéca

Après Dessins d’à côté, Morceaux pour faire un corps, Ontologie du jouir et Créatures, Roland Sénéca poursuit avec L’avancée aveugle sa collaboration avec les éditions Fata Morgana.

Ce pourrait être un titre virgilien, ou d’un auteur antique composant une catabase, mais d’une descente aux royaumes souterrains moins effrayante que burlesque, facétieuse, drôle, effarée.

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© Roland Sénéca

Les grotesques du graveur, dessinateur et peintre des confins de l’être sont d’un artiste ne reculant pas devant ses visions, ni les bizarreries de l’âge faisant entrer le corps dans la logique du carnaval.

D’où viennent ces formes défiant le langage ?

Que sont ces arches étranges, ces éparpillements de points, ces stries sur les ailes d’un giron ?

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© Roland Sénéca

Que penser de ces organes ayant pris leur autonomie sur la page, de ces personnages bouffons aux pattes de poulet contemplant le spectateur comme le dernier des idiots, de ces tubercules invasifs grignotant la cervelle ?

Est-ce un traitement, docteur ?

On ne peut s’empêcher de construire du narratif, de trouver une raie stupéfaite sous la forme plate, et un provocateur dans l’ombre d’une surface.

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© Roland Sénéca

Roland Sénéca ne cesse d’exposer son cœur, arraché, mis à nu, offert en festin à la société cannibale.

Cela vient du corps, pas de la tête, de ces zones inidentifiables par la radioscopie de pointe : il faut pour les traquer, et les laisser advenir, du métier dans l’abandon, un détachement dans l’engagement, une sorte de paix dans la colère contre les faux-monnayeurs rentabilisant leur petite boutique fantasmatique.

Ici, c’est le grand remous à la façon de Michaux, l’infini turbulent, l’extase des microbes, des moins-que-rien, des minus.

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© Roland Sénéca

Ça boxe dans la bidoche, ça s’enrage dans les artères, ça farniente dans le ciboulot.

Caché dans les plis de l’aine du dessin apparu, Gargantua se marre dans l’interrogatif : « J’me fendrais bien. Qu’est-ce qui me retient ? Le désir d’unité. »

Roland Sénéca est mieux encore qu’un antimoderne, le contemporain absolu de son organisation interne, jusqu’à l’effroi, jusqu’à la nudité comique du petit peuple commerçant en nous.

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© Roland Sénéca

« Il me semble, confie-t-il, dans le christianisme, qu’un sujet peut ou doit aimer l’autre parce qu’il est fils de Dieu, comme lui. Mais pas en tant qu’Autre. »

L’autre, c’est une blague pour les humanistes, un chiffon, quand le partage se fait essentiellement à coups d’os et de cellules en feu, de sang brassé et de reptations obliques.

Que savons-nous vraiment de la machine qui nous tient et porte à bout de bras et de nerfs ?

Pour ne pas oublier de se voyager, d’aller sous la peau et derrière les yeux, d’écouter le crissement du squelette, de rigoler du côté du grand macabre, il y a Roland Sénéca.

Guignol’s band(e), dirait l’autre.

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Roland Sénéca, L’avancée aveugle, Fata Morgana, 2020 – 800 exemplaires

Editions Fata Morgana

Roland Sénéca – site officiel

Se procurer L’avancée aveugle

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