Du rire majeur, par Joan Fontcuberta, photographe

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© Joan Fontcuberta

Né en 1955 Barcelone, Joan Fontcuberta est un maître dans l’art de la manipulation des images, et de la dénonciation de son mentir-vrai.

La photographie est pour lui perfide, mensonge, tromperie.

Il faut la prendre pour ce qu’elle est d’abord, une fiction, un happeau pour les oiseaux frivoles que nous sommes.

Fontcuberta nomme contrevisions des images transgressant la vulgate de la vérité analogique des photographies pour l’exploration de territoires bien plus transgressifs.

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© Joan Fontcuberta

Le jeu surréaliste est ainsi au cœur de ses recherches sur le visible.

Le réalisme est une foutaise, il n’y a que des constructions, des choix, des représentations guidées.

Les éditions Anomalas ont entrepris d’ouvrir les archives de l’artiste catalan en s’attardant sur ses premières années de création (1974-1989) pour un livre très réussi, appelé logiquement Contravisiones.

 Aucune banalité ici, mais de la stupeur, de la drôlerie, des calambours visuels.

Première image : un arbre au tronc creusé penchant son buste vers l’arrière, tel un ténor s’apprêtant à chanter une aria tonitruante.

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© Joan Fontcuberta

Le noir et blanc va bien aux énigmes à la Magritte du poète photographe.

La trappe d’un cylindre d’une installation industrielle est ouverte : c’est un module posé sur la lune duquel un astronaute sortira bientôt, ou un monstre surpris en plein bâillement.

L’univers de Fontcuberta est quelquefois baroque, à la façon d’un memento mori burlesque : un squelette boude, il est probablement déçu que personne ne soit venu le chercher depuis si longtemps.

Composé d’un grand nombre d’images inédites, Contravisiones est d’une tonalité constamment onirique, à la limite du fantastique.

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© Joan Fontcuberta

Il faut pour le regarder vraiment libérer les forces de notre inconscient, et peut-être se livrer à la façon de Dali à la méthode des associations délirantes (paranoïa critique) permettant d’atteindre son secret.

On rit beaucoup, on s’étonne, les carabidés sont immenses, qui dévorent notre imagination.

Le sens prolifère, grouille, se dissémine, se moque de nous.

Même les crânes aux orbites caves semblent se marrer à la vue de notre tête.

Des serpents dans du formol tels des billets lancés par pneumatiques dans les souterrains de Paris.

Une plante arachnéenne soumise à l’Inquisition.

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© Joan Fontcuberta

Nous croyons entrer dans un bureau neutre, mais nous accédons à une scène où des végétaux dansent de façon délirante.

Un phoque cherche à téléphoner, le muséum d’histoire naturelle fait son show.

Page de gauche : une trompe d’éléphant cherchant à rejoindre le ciel ; page de droite : le tronc d’un palmier qui le nargue.

Chez le ferrailleur, les pinces qui d’habitude fouaillent, détachées de leur grue, sont des insectes extraterrestres.   

Le minéral est animal, les cactées sont des pélicans, le cheval est une porte.

Territoire des leurres les plus osés, Contravisiones est un livre de raison supérieure porté par un rire majeur, et un grand esprit de liberté.

9788409257355

Joan Fontcuberta, Contravisiones, textes de Joan Fontcuberta et Iván de la Nuez, conception graphique underbau, Ediciones Anómalas / Fundación Antonio Pérez. Diputación de Cuenca, 2020, 108 pages

Ediciones Anomalas – site

Se procurer Contravisiones

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