Novella Cantarutti, poétesse frioulane, par Serge Airoldi, écrivain

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©Serge Airoldi

« Comme un chœur au ralenti / le jour se lève / dans l’aube indécise de novembre / Faibles étincelles de soleil / dans les gouttes de rosée / et une humidité fige l’air / et parcourt le corps. / Comme un son de cloche engloutie / l’écho / des mémoires pures du printemps. »

Pour lire la poétesse Novella Cantarutti (1920-2009), il faut aller chercher en soi un espace indemne, celui de l’enfance peut-être, ou du promeneur solitaire ébloui par ce qu’il voit, des graviers, les pierres d’un château détruit, un pré, un cheval.

Novella Cantarutti chante le pays où elle a vécu, les alentours du village de Navarons, dans la province de Pordenone, dans la région du Frioul-Vénétie Julienne.

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©Serge Airoldi

Chantent à travers sa voix des roches et des poussières d’êtres, des présences de vivants et de morts, des eaux sereines.

Le ton est parfois élégiaque, verlainien par-delà Rimbaud : « Le parfum des tilleuls / le long de la promenade / s’est dissipé. / Je marchais / à l’air libre, / sous les tilleuls, / tout enivrée, / comme dans un songe, / un gage d’amour. / Mais le printemps / est révolu / sous les tilleuls. »

Pier Paolo Pasolini l’a publiée dans sa revue Quaderno romanzo, la commentant ainsi : « Ses formes poétiques très brèves – comparables, que sais-je, à un tanka japonais, à des fragments de poésie lyrique grecque ou à des choses apparentées – vibrent d’une transparence linguistique de premier ordre, avec des images aussi riches qu’essentielles. »

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©Serge Airoldi

L’écrivain Serge Airoldi la traduit et la présente aujourd’hui aux lecteurs francophones dans un beau volume anthologique édité par fario, Ultima stella.

Novella Cantarutti est du Frioul, comme l’auteur de La vie violente, n’ayant eu de cesse de défendre sa langue maternelle, le génie de son idiolecte, traduisant elle-même ses poèmes en italien.

Ses courts textes sont des témoignages de fidélité, à ce qui est, à ce qui perdure, aux lieux ensemencés par le silence, la joie et les peines de ses habitants.

Ce sont des miniatures, des transparences, des évidences.

Il y a quelque chose ici d’une oraison infinie.

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©Serge Airoldi

Dans la nuit monotone, un enfant naît qui la remue, la féconde, éveille sa puissance.

Il ouvre les yeux quelques instants sur des étoiles qui bientôt s’effaceront pour former un appel lointain, un cri muet, un espoir de réconciliation.

Quelque chose est apparu, quelque chose s’est fendu.

Hosanna !

Gloire à la tache mauve, gloire à la route obscure, gloire au sein brûlé de la mère nourricière.

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©Serge Airoldi

« Le soir est d’or, / abondant / en bouquets de fleurs jaunes. / Un homme chemine à mes côtés / tel un songe fugace, / sous la voûte des arcades. / Sa main se libère / dans le soir / et nous marchons retenant notre souffle / à travers des étincelles d’or. »

Dans l’écrin des déchirures et les tremblements du vif, reposent la paix de l’âme, la poésie, la gratitude.

Avec Novella Cantarutti, la simplicité est une chemin de pudeur. 

Ultima Stella - couverture web

Novella Cantarutti, Ultima stella, poèmes traduits et présentés par Serge Airoldi, fario, 2021, 102 pages

Editions fario

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