Vichy sous endorphine, par Frédéric Stucin, photographe

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©Frédéric Stucin

Lauréat de la septième résidence du rendez-vous photographique Portrait(s)#9 de Vichy – après Anton Renborg, Cédric Delsaux et Yusuf Sevincli, Sandra Rocha, Gilles Coulon et Ambroise Tézenas -, Frédéric Stucin a choisi de photographier des sportifs de la ville thermale comme s’il s’agissait de Résistants, la situation pandémique et les raisons du confinement ayant pour bon nombre d’entre nous propulsé notre tendance à la folie douce dans le domaine des arts majeurs de la clandestinité.

Après Only Bleeding (Editions Le Bec en l’air, 2019), relatant en images une errance photographique dans les rues de Las Vegas (ouvrage présenté dans L’Intervalle), Endorphine rejoue L’armée des ombres sur l’autel d’un film noir décalé, volontiers fantasque, voire délirant.

Surgis de nulle part, les personnages de Frédéric Stucin, éclairés par des sources de lumière artificielle, à la façon d’un studio de cinéma ambulant, sont les héros d’une nuit interminable.

Un nageur (nom de code Eliott), torse nu, bonnet orange, pantalon noir, ouvre le livre, prêt à dégainer ses muscles s’il le faut.

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©Frédéric Stucin

Défilent un parachutiste (Stéphane le parapentiste), un skateur (excellent agent de liaison), une escrimeuse sexy (appelez-la du nom de la biblique Judith), et tout un bataillon de sportifs de très bon niveau, ne pouvant sacrifier l’extase des hormones et le goût de la liberté aux restrictions sécuritaires ordonnées par des assis ne comprenant rien à la joie du corps.

Pour accompagner les images de l’invité indocile, Didier Daeninck a imaginé une nouvelle, intitulée One Man Show, dont l’incipit dit ceci : « Tout le monde s’attendait, en cette nuit de la Saint-Sylvestre, à des manifestations sporadiques contre les mesures sanitaires en vigueur depuis l’automne. Les autorités estimaient que les infractions à leurs directives resteraient marginales, la vigilance des algorithmes ayant permis de neutraliser quelques milliers de tentatives. La seule surprise, en fait, avait résidé dans leur localisation : les démonstrations de défiance s’étaient heurtées au maillage policier mis en place dans les grandes métropoles. Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux étaient restées sous contrôle. Et c’est dans ce qu’il était devenu habituel d’appeler la France périphérique que la désobéissance s’était illustrée avec le plus de visibilité, l’épicentre de la contestation étant située à Vichy, en Auvergne, le long des berges de la rivière Allier et de ses affluents. »

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©Frédéric Stucin

Des ombres et des regards francs, des visages contre des fantômes masqués.

Que pensent-ils ? Que manigancent-ils ? Quels complots ourdissent-ils ?

A la sortie d’une cafétaria, dans un club de billards, dans une cour d’immeuble, ils sont là, en survêt et baskets, concentrés, inflexibles, combattants acceptant le sacrifice d’eux-mêmes pour quelque cause supérieure.

Ça boxe, ça break dance, ça motocrosse, ça plonge en apnée, ça vélivole, et, surtout, ça conspire en transpirant, donnant l’illusion de s’amuser.

PORTRAITS
©Frédéric Stucin

« Le sport, écrit joliment Didier Daeninckx, ce n’est pas qu’une question de vie ou de mort. C’est bien plus important que cela. »

Oui, mais qui est cet homme, page 27, sortant d’une Citroën SM ? Assurément le plus doué de tous, le boss, le chef de réseau, l’homme à la capsule de cyanure.

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Frédéric Stucin, Endorphine, texte (français/anglais) de Didier Daeninckx, mise en page Frédéric Stucin, Fany Dupêchez, Pascal Michaut, Patrick Le Bescont & Céleste Rouget, Filigranes Editions / Festival Portraits-Vichy, 2021, 60 pages

Frédéric Stucin – site personnel

Filigranes Editions

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Festival Portrait(s)

Cette série est exposée au festival Portrait(s), de juin à septembre 2021

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