Larzac, vivre et travailler au pays, par Yan Morvan, photographe

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©Yan Morvan

L’Etat prend parfois des décisions insupportables, il faut savoir le lui faire comprendre, par la négociation, si la surdité n’est pas trop avancée, ou la lutte directe quand il n’y a plus le choix.

En 1971 au Larzac, en 1976 à Plogoff, à la pointe du Finistère, face à l’île de Sein, où la toute-puissance publique veut construire une centrale nucléaire, le peuple se soulève – pères, mères et enfants, jeunes et anciens, voisins proches et lointains -, décidant de ne rien lâcher face à l’arbitraire, qui ne lâchera pas un arpent de terre à la soldatesque.

Lorsque l’on comprend, à l’annonce de l’agrandissement du camp militaire du Larzac qu’une centaine d’exploitations agricoles sont appelées à disparaître, le Causse entre en insurrection, engageant un combat qui ne s’arrêtera qu’en 1981, lorsque François Mitterrand accèdera au pouvoir.

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©Yan Morvan

En 1978, une grande marche est organisée jusqu’à Paris que va suivre le photoreporter Yan Morvan.

Son texte introductif est sans ambages : « On sentait que c’était le fin des Trente Glorieuse / Les années Giscard tiraient leur révérence / Plus besoin des paysans pour se faire tuer en première ligne / Restructurer l’espace au bénéfice du monde d’après / Le monde du profit allait se substituer au monde de la tradition / J’accompagnais la marche sur quelques kilomètres / Je comprends maintenant que c’étaient eux qui représentaient la marche du « vrai » progrès »

Apparaît d’abord en une première image superbe un autre monde, un temple de pierre où sont regroupées des brebis, puis un rire, et le visage si beau des hommes et femmes conscients que leur lutte est une noble cause.

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©Yan Morvan

Les paysans sont les souverains de ces terres dont on veut les exproprier, nul ne peut accepter cette cruauté.

Les tracteurs se rassemblent, et des sympathisants venus de toute la France.

L’armée est sur les dents, elle déchantera, sa mission est injuste.

En noir & blanc, le Causse situé à l’entrée des Cévennes est merveilleux, virgilien.

Partage du pain sous le soleil, raisins, fiers drapeaux dressés.

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©Yan Morvan

Gardarem lo Larzac, chantent les résistants et les militants de la JAC (Jeune Agricole Chrétienne).

José Bové, préfacier de Larzac 1978, raconte : « Il faudra la perspicacité d’un Lanza del Vasto et de sa communauté de l’Arche, pour donner un souffle à ce combat en devenir par un jeûne de quinze jours à La Cavalerie auquel participent femmes et hommes du Larzac : il permet d’unir l’ensemble des fermes menacées. Par un serment solennel : « Jamais nous ne quitterons nos terres ! », les paysans du Larzac viennent de naître à Pâques 1972. En s’appropriant leur combat le groupe des 103 impose une philosophie de la résistance et une stratégie : la non-violence. Face à l’Etat et son armée, le combat est inégal : prendre les armes n’a pas de sens, c’est au faible de prendre l’initiative et de construire la lutte avec ses propres règles. Si exproprier des paysans est la règle pour agrandir le terrain militaire, désobéir aux lois pour garder les terres est légitime. « Résister c’est créer et créer c’est résister » devient une réalité sur le Larzac. »

Une ZAD s’est inventée, qui en inspirera d’autres.

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©Yan Morvan

Le mouvement se soude, des bergeries illégales sont construites, on se déclare objecteur de conscience, des comités Larzac naissent partout en France.

Bernard Lambert a cette parole historique en 1973 : « Jamais plus les paysans ne seront des versaillais, jamais ils ne s’opposeront à ceux qui veulent changer la société. »

Les moustaches (gendarmes/paysans) fraterniseront-elles ?

Les bovins encercleront-ils les jeeps militaires ?

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©Yan Morvan

Les enfants de l’Occitanie parviendront-ils à couper les barbelés de l’avenir barbare ?

Les sourires des membres de la communauté de L’Arche auront-ils le pouvoir de faire reculer les tanks ?

On entend : « Faites labour, pas la guerre »

On étend le linge, on pique-nique, on joue de l’accordéon à Montredon, on marche sur Paris (710 kilomètres).

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©Yan Morvan

Yan Morvan observe le mouvement des corps, les interactions humaines, la conviction inébranlable et la grâce du peuple en lutte, notamment féminin.

On se couche sous les roues de l’Histoire pour en changer la forme désespérante en bel aujourd’hui.

On the road, écrivait Kerouac.

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©Yan Morvan

Tous au Larzac, chante la France d’hier et de demain.

Publier dans les sinistres années 2020 (La Manufacture de livres) Larzac 1978 est un acte d’espoir.

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Yan Morvan, Larzac 1978, préface José Bové, direction éditoriale et coordination Pierre Fourniaud, La Manufacture de livres, 2021, 128 pages

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