Tombeau de Roche, voisin et ami, par Karine Miermont, écrivain

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5 août 1997. Sète, Pierre Soulages © Denis Roche

Pour comprendre le projet littéraire de Karine Miermont à propos de l’écrivain et photographe Denis Roche, il faut aller à la dernière page de son livre de témoignage vagabond, Marabout de Roche : « Les jours se succèderaient comme dans nos vies, il y aurait des pensées, des faits, des gestes, des mots dits, des mots écrits, ce serait à la fois prosaïque et lyrique, réel et onirique, rapide et essentiel, lent et fulgurant, jamais convenu jamais facile et pourtant ni compliqué ni alambiqué ni savant. Juste beau. Très. Ce serait la recherche d’un artiste qu’on lit, un homme singulier, un écrivain, un photographe, un éditeur. » 

Marabout de Roche est un hommage à un homme d’exception, voisin discret, côtoyé simplement, habitant comme elle à Paris un lieu regroupant de grandes sensibilités, La Fabrique.

Il y a en cette île peuplée de bancs, de nobles végétaux (paulownia puis tilleul, camélia, ailantes, plantes grimpantes), d’oiseaux, de verrières et de calme, des personnalités d’importance : Paule Thévenin, grande lectrice et passeuse de l’œuvre d’Antonin Artaud, l’éditrice Claire Paulhan, les écrivains Jacques Henric et Catherine Millet, fondateurs de la toujours indispensable revue Artpress, le peintre Bernard Dufour et sa compagne Martine.

Il y a Françoise Peyrot & son époux Denis, décédé le 2 septembre 2015, mais encore très vivant tant ses amis, nombreux, témoignent régulièrement de leur fidélité en cherchant à célébrer sa mémoire et son œuvre. 

A Karine Miermont, l’apprentie auteure de L’Année du chat (2015) lui confiant son goût de la lecture et sa nécessité d’écriture, le grand éditeur au Seuil (collection « Fiction & Cie ») déclara, sibyllin : « J’espère que tu ne lis pas que de la littérature ! »

Que comprendre ? Que répondre ? Qu’espérer ?

« Je voudrais, déclare-t-elle, ne rien oublier des signes de Denis, des traces, signes et traces que je connus, qui ne le résument ni ne le décriraient précisément ou complètement, non, juste qui le dessinent un peu, et comme en creux. Il aimait bien être en creux, là et pas là, proche et distant, passé, présent, futur, riant pour ne pas désespérer, mon voisin. »

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29 mars 1977. Istanbul, Turquie   © Denis Roche

Un voisin sans mondanité, franc, ici et ailleurs, dans une de ces chambres d’hôtel qu’il aimait tant, en Egypte, en Italie, au Cambodge, au Crotoy.

Un voisin réservé mais ironique, mobile dans la langue mais silencieux, savant joueur en art et plein de tact envers l’humain, refusant les étiquettes. Poète ? Quel mot inadmissible (précieux en cela même).

Pour le connaître vraiment bien sûr, il faut le lire, Le Boîtier de mélancolie (cent photographies, cent textes), puis à peu près tout de lui, une grande valise de livres.

Louve basse, Lettres à quelques amis et à un certain nombre de jean-foutres, Dans la maison du Sphinx, Avec le mot silence, Dépôts de savoir et de technique, Notre Antéfixe, La Photographie est interminable, Photolalie, Temps profond, Essais de littérature arrêtée

Sur le mur de son appartement, Karine Miermont voit s’accumuler des boîtes-vitrines, sorte de reliquaires contenant les objets d’une année, des preuves du temps, des choses, comme un inventaire à la Perec. 

Lui : « La littérature est périmée depuis longtemps et l’écrivain lui-même est un préjugé. »

Roche est un iconoclaste, un chercheur de beauté, un homme aimant le corps féminin, et surtout un inventeur de formes (lire dans L’Intervalle mon article sur La montée des circonstances, Delpire, 2018).

« On peut facilement les imaginer se comprendre très bien Denis Roche et Pierre Soulages, ils cherchent la beauté, ils travaillent la lumière, explorent le concret et l’abstrait, le noir et le blanc, l’intemporel et l’inaccoutumé. »

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Autoportrait, août 1984, Eguilles © Denis Roche

Le marabout de Roche se prolonge, s’amplifie, se déploie.

Lui : « Exister, c’est développer une forme. »

On entend : « Passe, tu es pur. »

Karine Miermont a composé un bouquet de faits afin de les lancer dans le fleuve du temps, dessinant un portrait de Denis Roche « en creux », une esquisse, une ultime caresse des yeux.

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Karine Miermont, Marabout de Roche, conception graphique Juliette Roussel, L’Atelier contemporain, 2021, 176 pages

L’Atelier contemporain

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