Istanbul, la marche, la mélancolie, le peuple, par Thierry Clech, photographe

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©Thierry Clech

Photographe d’atmosphères et de hautes solitudes, Thierry Clech, dont j’ai déjà chroniqué le livre paru chez Kehrer Verlag en 2020, Indian Light (article du 29 mars 2021), est un artiste travaillant uniquement au noir & blanc argentique.

De 2003 à 2019, ses pas l’ont mené à plusieurs reprises dans la capitale politique et culturelle de la Turquie.

Son dernier ouvrage intitulé Istanbul, paru en Italie chez 89books, est une errance inspirée dans une ville-monde, carrefour de religions et de peuples, écartelée entre tradition et modernité.

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©Thierry Clech

L’Europe est en Asie, l’Asie est en Europe, que sépare en les rassemblant le Bosphore sur lequel on navigue si souvent entre réalité et rêve.

Comme chez Raymond Escomel (Impressions d’Orient, Créaphis éditions, 2015), les derviches tourneurs font vriller l’image, point secret d’un vertige fixe menant à Dieu, au tout-autre, à l’absolu, aux images ivres.  

Les symboles de la Turquie, puissante, impérialiste, sont là, les minarets sont des paroles glorieuses érigées en colonnes de pierre, mais Thierry Clech s’attache surtout aux visages du peuple comme à celui de sa propre absence.

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©Thierry Clech

Sur la devanture d’un immeuble, un panneau publicitaire de la Turkish Airlines montrant un oiseau de fer rencontre des pigeons en vol, plus modestes et plus libres que le fier épervier traversant les mers.

Les images du promeneur solitaire ne sont pas univoques, offrant par le jeu des superpositions et des compositions de lignes des espaces de questionnement et de lectures multiples.

Publié sur papier au grammage épais, Istanbul est presque un fanzine, il en a la force d’expérimentations et la légèreté du passage.

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©Thierry Clech

Thierry Clech photographie des silhouettes en mouvement, des marcheurs, des femmes entièrement voilées semblant hâter le pas sur un quai faisant face à la tour de Galata.

Un homme prie tandis que d’autres palabrent, torse nu.

Des enfants s’enthousiasment, princes de la rue et des cours obscures.

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©Thierry Clech

Il y a quelquefois de la facétie dans le regard de Thierry Clech, mais surtout une compréhension immédiate des exilés intérieurs, des oubliés, des abandonnés.

Un roi sans divertissement est peut-être le plus malheureux des hommes, et les moins titubants sont chez lui les frères de mélancolie des plus misérables.

On se couche aussi quelquefois dans ses images, sur un banc ou sur un canapé posé là dans la rue, dans un arrêt risquant très vite d’être définitif.

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©Thierry Clech

Istanbul est une esquisse, portrait en quelques images d’une ville en quête de sens, égarée entre passé prestigieux, inquiétude du présent et indécidable avenir.

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Thierry Clech, Istanbul, texte Thierry Clech, 89books (Italie), 2021

Thierry Clech – site

89books – site

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