Madrid, la rue, le peuple, par Luis Baylon, photographe

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©Luis Baylon

Il y a les photographes issus de la haute bourgeoisie, élégants, racés, cadrant impeccablement – le monde est à eux, rien de plus normal -, et les autres venus du bas, des trottoirs, de la boue, des recoins les plus sombres.

On a mille fois raison en France de célébrer Alberto Garcia Alix, et les bien-nés de la movida, mais on a tort de trop méconnaître quelquefois son compatriote Luis Baylon, autre géant de la photographie, certes moins fashion, plus âpre, plus gueux.  

Compilant plus de trente ans d’errances dans les rues de la capitale espagnole (1984/2017), Madrid en Plata est un hymne au peuple madrilène, indocile et sensuel, parfois misérable, et généralement très fier d’appartenir à un espace géographique aussi puissant.

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©Luis Baylon

Les images sont en noir et blanc, Baylon ayant choisi pour la composition de son livre au format vertical de proposer des séquences d’images, par ensemble de deux ou trois photographies, telles qu’elles apparaissent dans la continuité du déroulement de la pellicule, tout en les associant sur la double-page, selon la méthode fructueuse du hasard, avec d’autres séquences sans continuité temporelle directe avec leurs vis-à-vis.

Si le photographe sait comme personne saisir les visages et les corps qu’il croise dans le labyrinthe de sa ville, on peut affirmer aussi qu’il les invente par le dispositif expérimental qu’il a décidé de déployer.

Vu comme une entité mouvante, presque insaisissable, le peuple est ici une créature mythologique à mille têtes, le choix de séquençage de l’artiste permettant de briser la sensation d’isolats – des individus souvent solitaires, parfois broyés par la mélancolie – pour créer une unité rythmée par le cliquetis du déclencheur.

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©Luis Baylon

Le lecteur/regardeur vit alors une expérience de désorientation, emporté par le flux des gestes, des situations, des identités sexuelles, et de rassemblement.

Voici donc Madrid perçue dans son énergie, sa malice, sa modernité, belle et brutale, Luis Baylon construisant des narrations muettes, ses protagonistes étant les personnages d’une ville mutante, à la fois fixe et ne cessant de remettre en scène ses contours.

Dédié au maître Joan Colom (Barcelona, 1921-2017) qui comme Baylon aimait la rue, les enfants, les prostituées, les mendiants et les beaux rebelles, Madrid en Plata est une façon exemplaire de découvrir une ville cocasse et rude, sombre et indépendante, sexy et impitoyable.

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©Luis Baylon

Des bancs publics, des chats et chiens, des égarés, des révoltés, des délaissés, des musiciens, des amoureux, des sans-papiers.

Baylon rencontre les êtres qu’il photographie ou prend ses images à la volée, le regard happé par des visages inquiets, ou des femmes superbes passant soudain devant lui.

En sa politique des gestes et des solitudes réunis, son grand oeuvre imagine un territoire démocratique ne devant rien aux nantis.

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Luis Baylon, Madrid en Plata, textes (espagnol/anglais) Luis Baylon, design The Side Up, RM éditorial, 2021

Editorial RM

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©Luis Baylon

Luis Baylon – site

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©Luis Baylon

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