Un artiste de la faim, par Michael Ackerman, photographe

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©Michael Ackerman

Après 7 numéro et 28 artistes publiés – Albert Elm • Alexander Binder • Alix Marie • Antoine d’Agata • Ben Altman • Bérangère Fromont • Chris Shaw • Christian Vium • Dylan Hausthor & Paul Guilmoth • Erik Kessels • Erik Van Der Weijde • Hiro Tanaka • JH Engström • Joan Fontcuberta • Julie Van Der Vaart • Klavdij Sluban • Laura Rodari • Leif Sandberg • Margot Wallard • Olivier Pin-Fat • Romy Alizée • Tereza Zelenkova • Theo Elias • Thomas Sauvin • Tolo Parra • Wiktoria Wojciechowska • Yoshi Kametani -, la série de cahiers photographiques Hunger s’achève avec brio : une publication solo de Michael Ackerman intitulée Hunger – Epilogue, dont VOID publie une deuxième édition un an après une première vite épuisée.

Faisant suite à End Time City (repris en édition augmentée par Atelier EXB – voir mon article du 10 novembre 2021) et Half Life (2010), cette publication, donnant à voir des images déjà montrées et des photographies inédites, est une heureuse surprise anticipant par la force de l’esprit du photographe né à Tel Aviv en 1967, mais ayant grandi aux Etats-Unis, la persistance d’une beauté irréductible malgré les désastres du démonde actuel.

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©Michael Ackerman

Cette deuxième édition – de taille moins monumentale que la précédente -, comprenant une séquence entière encore jamais révélée à ses admirateurs, et accompagnée par un texte de Jem Cohen, ami intime du photographe, est inspirée par la nouvelle de Franz Kafka, Un artiste de la faim (Ein Hungerkünstler, 1922), les 7 numéros de Hunger, dont ce volume est au fond le huitième, donnant à lire la totalité du texte de l’écrivain tchèque.

Allégorie de l’artiste affamé par la société contraint de se donner en spectacle pour survivre en y perdant probablement sa dignité, avant que d’être expulsé du cirque qui l’emploie prenant acte du désintérêt du public, cette nouvelle est une réflexion essentielle sur les compromissions et contraintes imposées aux créateurs soumis à la loi et à la férocité du plus grand nombre.

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©Michael Ackerman

En plus de cent-trente images, Michael Ackerman prouve s’il en était besoin la cohérence de ses visions et de ses obsessions ne devant rien aux pressions du marché.

Publié sur papier journal – comprenant quelques images en couleur -, Epilogue – 2nde édition pourrait être considéré comme un manifeste photographique de la part d’un maître des intensités poétiques.

Mais qu’est-ce donc pour lui que l’art mystérieux de la photographie ?

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©Michael Ackerman

Un questionnement sur le temps, de la naissance à la disparition, sur la présence, sur la mémoire comme puissance de réinvention.

Une expérience de traversée du miroir, de mise en cause de l’identité stricte, un trouble d’ordre métaphysique.

La mort est chez lui omniprésente, les images semblent dégradées, une pluie d’atomes noirs envahit le regard.

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©Michael Ackerman

Il y a des corps allongés, des nudités de rêve éveillé, des âmes égarées dans le labyrinthe des villes.

Un cheval de mélancolie semble le rescapé de quelque catastrophe ultime, une femme flotte dans un liquide amniotique, les corps-à-corps sont les plus beaux du monde.

Un éléphant rit, un singe est endormi, un mendiant s’accroupit.

Impression d’effractions, de secrets, de gestes sacrés.

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©Michael Ackerman

En son livre rétrospectif, l’artiste vivant surtout à Berlin affirme une position éthique autant que politique : la fraternité et l’amour n’abolissent pas la solitude – mais l’adoucissent magnifiquement -, notre responsabilité envers les enfants est immense, l’art cherche l’unité dans le chaos de la réalité.

Impression de Guerre froide interminable, de clivages violents, mais aussi d’une existence supérieure, d’essence spirituelle.

Les vautours font leur travail de charognard, des hommes chutent, le lit est une scène où se rencontrer comme on entre en cérémonie.

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©Michael Ackerman

Toutes les petites filles ont le visage d’Anne Frank, l’Histoire est atroce, qu’il faut vite quitter pour des beautés plus radicales : celles du renard aux abois, du giron merveilleux de la femme enceinte, des oiseaux piailleurs.

Epilogue- 2nde édition, dont la couverture cartonnée est détachable, et la matière expérimentale venue fréquemment de bobines de films 8mm, est un hymne à la vie brute, sans apprêt, à l’innocence en sursis, et à la possibilité de nous unir fondamentalement.

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Michael Ackerman, Epilogue – 2nde édition, texte (anglais) Jem Cohen, direction Joao Linneu, Sylvia Sachini & Myrto Steirou, VOID, 2020, 64 pages – 1900 exemplaires + 100 copies édition spéciale

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VOID

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©Michael Ackerman

Michael Ackerman est représenté par la galerie Camera Obscura

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. boris dunand dit :

    Encore une belle découverte, merci !

    J’aime

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