Brest, les contours bleus d’un vide, par Gwenaëlle Magadur, artiste visuelle, et Jean-Manuel Warnet, écrivain

A     ligne bleue après

 ©Gwenaëlle Magadur 

La Ligne bleue, du duo Gwenaëlle Magadur (artiste visuelle) et Jean-Manuel Warnet (écrivain) est un éloge vibrant de Brest, ville indocile, rasée/reconstruite, et « revêche à tout engluement dans le pittoresque provincial ».

La Ligne bleue est un livre publié en 2019, mais c’est d’abord une intervention picturale urbaine réalisée en juin 2000 qui fit beaucoup parler d’elle : matérialiser sur le sol en peinture acrylique bleu zéphyr, par une bande de cinquante centimètres de large sur une longueur de sept kilomètres, le tracé des anciens remparts de Brest, permettant aux habitants de redécouvrir l’espace intra-muros de leur ville, allant de la rive droite de la Penfeld au site du château devenu aujourd’hui préfecture maritime et Musée national de la Marine.

On pense souvent (liste non exhaustive) à Victor Segalen, Jacques Prévert, Pierre Mac Orlan et Jean Grémillon, lorsque l’on songe au grand port militaire français, mais l’on ne peut s’imaginer le désastre causé par les bombardements intenses ayant détruit la quasi intégralité de la ville qu’en regardant par exemple Berlin, année zéro, de Roberto Rossellini.   

Il fallait bien à Brest, ville martyre reposant sur de la pierre et des os fondus, un « bain d’azur » (Gwenaëlle Magadur).

« Il n’y a rien à voir ici, écrit l’universitaire Jean-Manuel Warnet ayant quitté l’entreglose des spécialistes afin d’approfondir en lui la langue de l’écrivain dans un texte ne dédaignant pas les emprunts, ni les détournements (Baudelaire, Breton, Genet), pour les touristes pressés en quête de colombages sanctifiés et de médiéval franchisé. Il n’y a rien à voir ici qui fige ou écrase le regard. Rien, sinon l’ailleurs que souffle tout cet ici. Et avec lequel il faut tenter de vivre. »

La Ligne Bleue

©Gwenaëlle Magadur 

Ouvrage de nature hybride comprenant des dessins, des photographies, des expérimentations graphiques, des cartes et des paroles de citoyens, La Ligne bleue offre l’opportunité de prolonger l’expérience de funambulisme historique de qui marcha dans la couleur comme on remonte le fil de ses origines.

Des images montrent quelquefois la dégradation du bleu au fil du temps, le monochrome se transformant en geste tachiste involontaire, avant que de nouveau l’oubli ne gagne les rues.

« Ici chacun porte un vide en lui. La ligne bleue en dessine les contours. Telle une cicatrice, elle ravive la douleur d’un manque et la couleur d’une absence. Et ce vide on le remplit d’alcool, d’histoires et de mélancolie. Autrement dit de poésie. »

On peut penser à L’alcool et la nostalgie, de Mathias Enard, mais surtout au yoga, ou même au tao, qui sont des manières de penser et rétablir le lien perdu entre des éléments paraissant incompossibles.

Brest, ou le tao du vent, enceinte d’une petite flamme bleue perceptible dans le regard de quiconque accepte de révéler la ligne de vie la plus intime courant en lui.

Ce qui demande de l’amour, de la folie, de la sainteté, et de l’ivresse.

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Gwenaëlle Magadur & Jean-Manuel Warnet, La Ligne bleue – Brest palimpsestes, Editions Dynamo, 2019, 110 pages

Gwenaëlle Magadur

Gwenaëlle Magadur – site

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