Reverdir à Giverny, par Jean-Hughes Larché, écrivain

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Violon, 1915, Picasso

« Je crois que plus que tout ce sui vous a empêché de me répondre, c’est le Démon qui, à l’âge que vous venez d’atteindre vous tient encore assujetti à je ne sais quelle préoccupation ou hantise, quel asservissement à la sexualité. » (Antonin Artaud à Pablo Picasso)

Bien sûr le désespoir, l’acrimonie, et même l’acédie.

Mais bien sûr aussi, avec Jean-Hughes Larché le nietzschéen solaire, le luxe, le calme, la volupté.

Tout pour l’instant, tout pour la sensualité, tout pour le plaisir des sens, y compris celui de l’intellect.

Seul Mozart, publié chez Olympique*, collige des textes conçus comme un éloge de la nature, de l’art et de l’incarnation.

Publiés çà et là depuis quelques années, repérés par les initiés, ils sont désormais disponibles pour tous, c’est-à-dire quelques-uns, presque personne au fond, les meilleurs, les chanceux, les happy few.

Les innocents, les élus, les éveillés.

Vingt-cinq textes courts – illustrations couleur de grande qualité -, sur Picasso, Bordeaux, Shakespeare, Le Tintoret, Billie Holiday, Artaud, Mauriac, Parker, Cézanne… -, sur le lieu et la formule, sur le divin bien selon Tchouang-Tseu.

Les œuvres sont remarquablement décrites, senties, transmises, le paradis n’attend pas, il est là, sous vos doigts, devant vos yeux, dans vos oreilles (Monteverdi, Vivaldi, Mozart) sur des papiers de navigation libre.  

D’abord dormir (texte 1), puis voir, mieux voir, mieux voir encore, c’est l’instant Fragonard, celui de « la chaussure volant à hauteur des jets de la fontaine bruissant leur joie d’écume » (Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767).

La Garonne est calme, tout s’écoule doucement comme un vin de vigueur réchauffant la gorge, on est mort (le social), on peut renaître (l’intime).

Direction Les Lumières, celles du XVIIème siècle comme celles de Chaplin.

Soutine se souvient du Gréco, la Pentecôte est hélicoïdale, nous sommes et serons des allumés, ou rien. 

Mauriac ? « J’entends sa voix rauque piquée d’aiguilles de pin qui semble charrier du sable et des écorces de la forêt des Landes dont il pouvait amoureusement étreindre les arbres. »

Plus loin : « Une amie m’a dit un jour à la première note : « Ça, c’est Billie ! » Nous sommes restés très liés. Nous dansons très bien ensemble. Mes rencontres féminines ont été scandées autour de la voix et de la présence de Lady Day en étrange récurrence. »

Billie est une preuve, comme de savoir marcher ensemble lorsque l’on est amoureux, comme de savoir s’embrasser en électrisant tout l’être.

Belle intuition à propos de Cézanne : « Ses baigneuses sont l’exact envers de la monolithique Sainte-Victoire. Elles sont abolition de la mythologie, abolition des tribus patriarcales, les baigneurs, leurs frères, n’appartiennent pas plus au patriarcat. Elles sont recréation d’un jardin paradisiaque, dégagées des implications sociales, de prise d’identité, de repère civilisé. Elles constituent la Renaissance idéale, où seule désormais compte la couleur ; couleur avant jamais conçue dans sa vibration charnelle et intense émotion. »

En ce recueil, Dionysos mène la danse, il est feu de création perpétuelle, et repos en ébullition.

Parker ? Il purifie l’atmosphère.

Picasso ? Vitesse et clarté.

« En Occident, personne avant Picasso n’a pensé à fabriquer des instruments qui ne servent pas à jouer de la musique. »

Et ce titre merveilleux, Fleur de Boucher, texte aux fesses roses où l’on peut lire ceci à propos du fameux tableau du peintre de l’époque de Louis XV : « Mademoiselle O’Murphy laisse courir les pensées indécentes de l’artiste. »

Définir Jean-Hughes Larché, l’amoureux de Venise, en un mot ?

Ce pourrait être sprezzatura, ou l’élégance de la désinvolture engagée.

N’est-ce pas cher Sandrick Le Maguer ?

couv Seul Mozart

Jean-Hugues Larché, Seul Mozart, Olympique*, 2022, 110 pages

Commander le livre :

Librairie Olympique
23, rue Rode
Place du Marché des Chartrons
33000 Bordeaux
Tél. : 05 56 01 03 90
libolympique@aliceadsl.fr

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