Guillaume Apollinaire & André Salmon, une amitié

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Portrait d’Apollinaire, huile sur carton par Marie Laurencin

Richement illustré (dessins, caricatures, peintures, photographies), annoté avec art, le volume Apollinaire/Salmon conçu par les Editions Claire Paulhan est remarquable.

Tous deux fréquentèrent Picasso ainsi que les peintres qui comptèrent, et se déclarèrent leur amitié dans une correspondance tenue de 1903 à 1918 – 90 lettres/dédicaces sont présentées, accompagnées de documents, notamment un florilège de 28 textes produits par Salmon après la mort en novembre 1918 du poète engagé volontaire.

« A les fréquenter, précise Jacqueline Gojard qui a établi cette édition après des années de recherches érudites et la rencontre avec nombre de témoins majeurs, on désapprend l’esprit de componction, le respect des règles et de toute orthodoxie. (…) Inutile de le cacher, je me suis bien amusée en lisant les outrecuidances, les truculences verbales, les astuces, les blagues, les propos à double ou triple entente qui émaillent les textes de nos poètes. »

Pour Salmon, Apollinaire, comme la révolution, est à prendre en bloc, avec ses dons, ses improvisations, ses excès, ses trivialités parfois.

Il faut aimer Apollinaire dans toute sa complexité, ou ne pas l’aimer vraiment.

Nombre de lettres pourraient être relativement sibyllines sans le travail d’explicitation par juxtaposition de documents mené ici.

Les amis se prêtent des livres, les noms circulent, Paul Fort, Oscar Wilde, Victor Hugo, beaucoup d’autres.

Max Jacob, le poète, l’astrologue, le chiromancien, n’est jamais très loin d’eux, avec qui ils forment un trio irrésistible.

André Salmon s’amuse : « Max Jacob s’est fait archiprêtre / Du druidisme renaissant / Allez, allez, ô gens de Lettres / Couper du gui rue Ravignan. »

Rappel des moments d’ivresse, échange de vers, éloges mutuels.

Apollinaire écrit en 1908 : « Europe, André Salmon vous aime avec une ardeur unique et il est né dans ce Paris qu’adore le monde entier ! Il y chante la vie moderne du poète. Le soir, des cafés aux longues façades, s’exhalent la fumée du tabac et l’odeur forte de l’alcool. Ces bouches sont ouvertes au rez-de-chaussée. Elles éclatent de rire. Il y brille une lumineuse dentition d’ampoules électriques. Le jour, il y a des rues pleines de fruits et de fleurs, et, le poète en passant, peut aimer « … d’un amour qu’elle ne peut comprendre / La fille au fichu bleu qui vend de la lavande. »   

Du 7 au 12 septembre 1911, le poète est incarcéré à la Santé, conséquence indirecte du vol de La Joconde le 21 août par son secrétaire (on l’accuse de recel), Picasso le reniant devant le juge d’instruction.

Apollinaire craint de perdre son ami, mais la relation est, in fine, plus forte que la calomnie.

En mai 1916, lisant le Mercure de France, l’écrivain est touché par un éclat d’obus, il sera trépané.

Le 9 novembre 1918, Jean Cocteau écrit : « Apollinaire ne s’est pas vu mourir – mon docteur espérait le sauver, mais il avait les deux poumons atteints – C’est une grande tristesse. Il est parvenu à vivre par un miracle d’énergie jusqu’à 5h. Son visage est calme et tout jeune. » [Apollinaire est décédé des suites de la grippe espagnole]

André Salmon écrit le 11 novembre : « Défenseur des peintres modernes, chef reconnu des jeunes écrivains audacieux, Guillaume Apollinaire était encore un érudit qu’on ne peut comparer qu’à Remy de Gourmont. Il a colligé, annoté et publié les plus rares merveilles des littératures françaises, italiennes et espagnoles. Beaucoup savent tout cela. Mais combien peuvent se flatter d’avoir surpris l’âme profonde de celui qui les déconcertait en faisant représenter Les Mamelles de Tirésias ? Guillaume Apollinaire était vraiment « Le poète ». On découvrait tout pour tout recréer et l’état de lyrisme permanent en lequel il vivait laissait libre ce cerveau merveilleusement lucide que la sereine critique gouvernait. »

Guillaume Apollinaire & André Salmon, Correspondance 1903-1918 & Florilège 1918-1959 (textes d’André Salmon sur Guillaume Apollinaire, témoignages divers et souvenirs… sans fin), édition établie, préfacée et annotée par Jacqueline Gojard, Editions Claire Paulhan, 2022, 486 pages

http://www.clairepaulhan.com/

https://www.leslibraires.fr/livre/20931392-notre-amitie-a-ete-le-fleuve-qui-nous-a-fertil–guillaume-apollinaire-andre-salmon-jacqueline–editions-claire-paulhan?affiliate=intervalle

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