Erotique de la femme découpée aux ciseaux, par Katrien De Blauwer, artiste visuelle

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

Photographe sans appareil, la Belge Katrien de Blauwer découpe des images dans des magazines des années 1950 et 1960 qu’elle assemble ensuite en des séquences narratives elliptiques.

Publié chez Textuel, Les photos qu’elle ne montre à personne rassemble dix ans de travail sur des images coupées, raturées, peintes, profanées, régénérées.

Le corps féminin est un sujet constant de méditation, jusqu’au fétichisme (les genoux).

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

Pour le révéler en ce qu’il est essentiellement – un objet de fascination -, il faut la cruauté d’une césure, qui pointe une grâce.

Philippe Azoury présente ainsi l’artiste : « La séduction est la grande ennemie du collage. J’imagine Katrien De Blauwer, que je ne connais pas, assise à sa table de travail quelque part en Belgique, poser des dizaines d’images par terre, ou peut-être sur un mur, essayer des combinaisons, des alliances, et puis soudainement refuser telle ou telle association comme trop facile, écarter telle image de ses choix, décider de faire une croix sur cette image belle pourtant, évidente pourtant, mais séduisante à un niveau quasi publicitaire. Il doit y avoir sur sa table de travail, dans ses cartons (ses orphelinats à elle), des centaines d’images orphelines, évidentes et splendides, en attente ou sinon abandonnées, parce qu’elles ne couvent pas en elles cette part de risque ou d’inconnu qui aboutira à ce violent silence que ses montages recherchent. »

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

Katrien De Blauwer recadre, déplace, décale, défigure pour reconfigurer, créant une vaste chorégraphie de bras et de mains, de dos et de chevelures, de pieds et de nuques.

Le corps morcelé, strié de bandes d’aplats de couleur, n’est parfois pas plus que le spectacle d’un poteau télégraphique, mais pas moins non plus.

Les gris sont très beaux, de l’ordre d’un champ de poussière duchampien.

Bien entendu, le jeu du voilé-dévoilé possède son érotique, qui est un appel du manque, préhension d’une forme désirable occupant le vide.

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

Décontextualisée, l’image – une femme regardée par un homme, qu’une femme recompose en la sectionnant – retrouve une sorte de pureté en sa présence allégorique.

« Katrien De Blauwer, précise Philippe Azoury, fut élevée comme un garçon par une grand-mère qui l’a rejetée quand à la puberté s’est révélé son corps de femme. »

Comment les femmes sont-elles construites, fantasmées, inventées ?

Le répertoire des magazines féminins reflétant le triomphe de la société de consommation offre à la fois une image de la femme s’émancipant, mais aussi celle d’une poupée pouvant se perdre narcissiquement dans le miroir tendu par les hommes qui les contemplent.

Il est possible qu’à travers son vaste ensemble de figures et de gestes, l’artiste née à Renaix en 1969 cherche à construire l’abstraction d’un corps, non pas idéal, mais désindividualisé. 

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

On se souvient des pages de Witold Gombrowicz décrivant dans Ferdydurke la fascination exercée par la jeune fille moderne, sportive et de pure surface.

Ce n’est pas faux, comme le plaisir pris à regarder une publicité, à se brosser les dents jusqu’à les faire briller, à se badigeonner de rouge à lèvres pour ressembler à l’image de la plus fatale des créatures hollywoodiennes.

Si Katrien De Blauwer semble déconstruire la façon dont s’est édifié le féminin dans l’Occident du XXe siècle, son œuvre est surtout une exposition de la puissance des femmes toujours-déjà sacrifiées– découpées.

Chez elle, toutes ferment les yeux ou ont le regard interdit par la guillotine du papier.

Katrien De Blauwer, Les photos qu’elle ne montre à personne, préface de Philippe Azoury, éditions Textuel, 2022, 144 pages

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

https://www.editionstextuel.com/livre/les_photos_quelle_ne_montre_a_personne

https://www.katriendeblauwer.com/

©Katrien de Blauwer, courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris & Gallery Fifty One, Antwerp

Expositions : Rencontres d’Arles du 4 juillet au 25 septembre 2022, La Croisière / participation à l’exposition « On stage » au festival Portrait(s) à Vichy du 24 juin au 11 septembre 2022

https://www.leslibraires.fr/livre/16758954-les-photos-qu-elle-ne-montre-a-personne-katrien-de-blauwer-textuel?affiliate=intervalle

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