Comme un rêve de pierre, par Tina Merandon, photographe

©Tina Merandon

Il y a dans le catholicisme breton des Siècle d’or (XVème au XVIIème siècle) un fond de sauvagerie, de paganisme et de malice extrêmement réjouissant.

On pense bondieuseries, et l’on voit des figures grimaçantes, des sirènes ouvrant les cuisses pour y faire couler l’eau de pluie, des extases secrètes au faîte des édifices religieux.

Des sculptures pleurent et jouissent, que le temps érode, révélant par le mouvement même de la dégradation, leur part d’indocilité folle et de monstruosité douce.

©Tina Merandon

Dans le livre d’artiste, Tisser sa toile, Tina Merandon a questionné la substance féminine dans l’art sacré breton, observant dans les calvaires et églises finistériens les visages de pudeur et les signes de fécondité.

Ponctuant son ouvrage d’images – imprimées en encre dorée sur fond noir – de cette statuaire de délicatesse et de franchise, la photographe a pensé la relation mère/fille dans sa dimension archétypique, presque archaïque.

Mettant en scène des couples féminins dansant librement derrière une toile tendue, l’artiste use de la technique des ombres projetées pour souligner, par le spectacle des silhouettes accordées, l’union primordiale entre des générations de femmes.

©Tina Merandon

On sait que nombre de villages bretons durent leur fortune au commerce du lin tissé, mais la richesse considérée ici provient moins du succès marchand de nos ancêtres que de l’ampleur d’une intériorité se déployant à chaque instant depuis la nuit des temps.

La pierre côtoie les tentures, la vie s’écrit en gestes noirs au fond de la psyché, comme au plus lointain des cavernes du néolithique.

Tina Merandon invente des actes, des postures, des danses apotropaïques.

Il y a Alma mater, Déméter, Perséphone, et toutes les mères de l’humanité réunies sous un voile finement coloré.

©Tina Merandon

« Rideau baissé, écrit Sylvie Hugues, une pièce d’un répertoire aussi ancien que la présence des femmes sur Terre s’est jouée devant l’objectif de Tina Merandon. Les émotions liées à la filiation, parfois contradictoires, souvent subtiles, nous renvoient à une représentation singulière, entre le théâtre d’ombres et l’imagerie médicale de l’échographie prénatale… »

Les êtres de pierre regardés par Tina Merandon sont mutiques, mais leur réserve est une puissance de parole ouverte à toutes les grâces et réinvention de soi.

Tina Merandon, Tisser sa toile, textes de Sylvie Hugues, Tania Lévy, Pierre Martin, direction éditoriale Eric Cez, conception graphique et maquette L’Atelier d’édition assisté de Sarah Fattouh, Editions Loco / Artothèque de Vitré, 2022

https://tinamerandon.com/

https://www.editionsloco.com/Tisser-sa-toile

Exposition visible à l’Artothèque de Vitré, du 2 juillet au 16 octobre 2022

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